Wilier Urta SLR : Performance addictive

Wilier a dédié sa marque à la performance et son nouveau tout-suspendu de cross-country ne fait pas exception. L’Urta SLR est une machine à sensations qui vous emmènera dans les sphères de la performance que vous n’auriez jamais pensé effleurer une fois dans votre vie !

DR. B. L

Prix : 9 700 € | Poids : 9,80 kg taille M ; roues 3,70 kg | Déb. av. 100 mm | Déb. ar. 100 mm / Pratique : cross-country, marathon / Terrain : plaine, vallonné.

Wilier est passé maître depuis des années dans l’art de produire des vélos qui inspirent la vitesse. Que ce soit en route ou en VTT, la touche italienne fait toujours recette. Pour cette année, Wilier a redéfini son offre pour le cross-country de compétition en lançant l’Urta SLR, un 100 mm dans la pure tradition de la marque. Des lignes élancées, une finition poussée au plus haut comme l’atteste le sabot amovible sous le tube diagonal, et toujours une ligne de conduite qui met le poids comme ennemi de la vitesse. Voilà pourquoi le châssis ne pèse que 1 730 g (sans amortisseur). Vous vous doutez que pour ce résultat, il n’était pas concevable d’avoir des points de pivot à l’arrière, c’est donc le carbone des haubans qui va se plier à l’exercice de simulation de pivot (comme c’est d’ailleurs le cas chez la majorité de ses concurrents). L’étrier de frein arrière flat mount est aussi de la partie, tout comme la biellette carbone qui vient guider le pied d’amortisseur. De quoi donner au triangle arrière une bonne rigidité dans sa liaison avant. L’amortisseur logé dans l’axe du tube supérieur lui permet de déclencher en direct dès qu’il en reçoit l’ordre. Au passage, cette position permet de libérer de l’espace dans le triangle avant pour y loger et rendre facile d’accès à un bidon. Pour autant pas question de faire l’impasse sur deux porte-bidons, indispensables pour les marathoniens. Ce vélo moderne dans la conception cache cependant une géométrie très (trop ?) traditionnelle. Il faut dire qu’en Italie on n’aime pas trop les bouleversements d’habitudes, surtout quand la marque possède une culture forte de la route. Ne vous attendez donc pas à de l’inattendu sur l’Urta SLR. L’angle de direction affiche un bon vieux 69°, le tube supérieur ne fait pas dans l’extrême avec 580 mm pour 432 mm de reach. Le tube de selle est à 75,2° effectif (à hauteur de selle). Ce n’est pas extravagant. Il n’y a que les bases qui paraissent courtes avec 435 mm, mais qui, sur le terrain, ne sont pas mises à profit tant la suspension a du mal à s’enfoncer dans le débattement. Bilan, on a l’impression que le vélo est long, et pas franchement fun de l’arrière, alors que sur le papier il a tout pour tourner dans un mouchoir de poche. On passe rapidement sur l’équipement qui ne fait pas dans l’illusion. Tout ici est fonctionnel. Notez que vous pourrez à loisir piocher dans toutes les configurations proposées par la marque pour monter le vélo qui vous conviendra le mieux et qui pourra, selon les options choisies, passer du simple au triple le prix de la bête. Par exemple, notre modèle de test fait dans l’excellence en matière de prix puisqu’il flirte avec les 10 000 €. Oups, ça commence à faire mal au porte-feuille ! Et même s’il y a un marché pour ce niveau de prix, on le voit avec la multiplication de modèles dans cette tranche de prix, on ne m’enlèvera pas de l’esprit que rien aujourd’hui ne justifie ce prix !

Bon sous tout rapport ?

Pas complètement Pour tout vous dire, nous ne sommes pas fans des combos cintre-potence lorsqu’on les voit arriver sur les vélos. Alors oui, c’est super joli, cher aussi (comptez 550 € pour le modèle proposé par Wilier monté sur notre modèle de test), mais cela suppose également que la longueur de la potence soit bien la bonne, et qu’accessoirement l’ensemble ne soit pas trop rigide, au risque d’avoir des remontées de vibrations dans les bras, de celles qui vous usent au fil des kilomètres. Alors forcément, quand j’ai découvert mon modèle de test, j’ai fait un pas en arrière, d’autant plus qu’elle affiche une inclinaison négative prononcée de -17°. Mais bonne nouvelle, Wilier a su faire évoluer sa pensée, et propose ce modèle en taille M avec une potence de 75 mm de long, victoire ! Déjà j’ai l’assurance de ne pas être (trop) allongé sur le vélo, comme c’est souvent le cas avec les marques italiennes. Notez que ce cintre est aussi proposé en 60 et 90 mm, et que l’on peut choisir à la commande. Reste la forme du cintre, et là aussi surprise, il est parfaitement ergonomique avec un retour (back sweep) de 8° pour 760 mm de largeur. Autant dire que ce petit combo qui affiche environ 285 g sur la balance a de quoi séduire notre âme de crosseur. Et côté confort ? Ben justement, j’aurais aimé un peu plus de filtrations avec notamment un léger mouvement vertical. Là rien, nada, super rigide. Dommage, cela aurait compensé la Fox qui a toujours du mal à déclencher sur les petits chocs. Du coup, cela me fait une transition toute écrite pour vous parler des suspensions.

Désaccord de suspensions

Voilà une fourche dure en début de course, puis rapidement molle. A l’arrière, c’est tout l’inverse, mou puis très vite elle devient dure. D’ailleurs pour l’anecdote, il a vraiment fallu y mettre du nôtre pour prendre tout le débattement, quitte à sortir largement du programme du vélo. On se retrouve alors avec une drôle de balance dans les suspensions, au point d’être en parfait désaccord. L’équilibre est très difficile à trouver, et là où la suspension de l’Urta SLR lisse parfaitement les petits désagréments du sol, la fourche vous les retransmet dans les bras sans prendre de pincette. Très clairement, une RockShox SID aurait été plus en phase avec la suspension arrière. Finalement, j’en ai pris mon parti, et suis resté sur 20% de précontrainte sur la fourche, en ouvrant complètement la compression basse vitesse, et 23% à l’arrière, avec finalement pas mal de détente, histoire d’accentuer un peu plus le dynamisme du châssis, et profitant du réglage d’usine de la détente haute vitesse plutôt bien calibrée. Du côté du châssis, il est rigide, et répond donc sans temps mort à la moindre injonction et reste fidèle à la trajectoire imprimée tant qu’il ne s’agit pas de jouer à prendre de manière agressive les virages. On en vient à penser qu’un peu de souplesse au niveau de la jonction triangle avant/arrière n’aurait pas fait de mal. Cela aurait donné certes un chouia moins de punch au vélo, mais l’aurait gratifié de plus de tolérance dans les virages larges en appui, surtout si vous ne prenez pas l’option roues Miche K1 Carbone (1 330 g s’il vous plaît), mais des roues rigides en latéral.

Mode Ludicrous enclenché !

Dans les lignes droites, ça va vite, très vite. C’est bluffant, excitant et tellement envoûtant. D’autant qu’il vous pousse à donner plus. C’est la deuxième fois dans ma carrière que je ressens cette sensation d’un vélo qui en veut toujours plus, et bien au-delà de vos capacités physiques habituelles. La première fois, c’était en 2014, lorsque j’ai monté les roues à boyaux Sram XX sur mon Giant Anthem 29’’. Un vrai dopage technologique ce train roulant. Et la seconde sera donc avec ce Wilier Urta SLR. Cette sensation qu’il reste encore de quoi aller plus vite sous la pédale alors que votre cerveau pense que vous êtes au maximum de vos possibilités et que vos jambes se disent « mais il y a encore de la marge avant d’exploser ! » Juste énorme ! Non seulement l’Urta va vite, mais en plus, il semble ne pas trouver de limite à la vitesse. C’est d’autant plus enivrant que bizarrement, alors que vous, vous donnez bien plus qu’il ne faudrait, l’après-sortie ne se passe pas dans un canapé à comater, histoire de récupérer de votre sortie. Les virages appuyés transforment le train avant en tête chercheuse. En cause, la Fox SC32 qui se tord sur les appuis, mais pas seulement. Les très performantes roues Miche K1 Carbon sur les lignes droites, n’aiment pas les virages courts pris à pleine balle. Elles se tordent, ce qui dénote avec la rigidité du châssis. Rien de dangereux, mais pas toujours rassurant. Il faut alors anticiper la réaction du vélo pour être au plus proche de la ligne idéale. En sortie de courbe, le grip à la relance est une aide précieuse pour vous extraire, plutôt à vous catapulter dans la courbe suivante, ou pour négocier la prochaine ligne droite. Le vélo reste uni et l’accélération stupéfiante. Une fois que l’on y a goûté, difficile de s’en passer. Certes, on pourra reprocher l’oscillation de la fourche, mais une action temporaire sur le blocage permet de s’en libérer. Mais attention de ne pas en abuser parce que dans ce cas, vous risquez de perdre la motricité à l’arrière.

Une machine à avaler les bosses

En descente technique, l’Urta SLR peut s’avérer plus pointu au pilotage. Il faut dire que la rigidité de son châssis associée à son long empattement ne favorise pas la facilité de déplacement. Au contraire, l’Urta est sur un rail et pour l’en sortir il faut jouer de son corps. Et c’est d’autant plus subtil que le vélo est léger, qu’il n’a pas d’angle à l’avant, et encore moins qu’avec une fourche normalement constituée, la Fox ayant cette fichue tendance à s’enfoncer excessivement dans le milieu de sa course. Il faut alors le piloter sur l’arrière si vous voulez conserver votre vitesse, en profitant de la suspension arrière qui elle reste haute, sans heureusement vous le rappeler par des coups de raquette. Vu que l’on parle de suspension haute à l’arrière, on peut directement aller au chapitre des cotes. Alors impérial pourrait être le qualificatif de ce modèle tant il survole les obstacles. Non seulement on profite de sa motricité sur les vingts premiers pour cent de sa suspension (donc en gros sa précontrainte) mais en plus elle ne s’affaisse pas, tandis que la position légèrement portée sur l’avant du vélo, vous stabilise l’ensemble, même dans les forts pourcentages. Ce vélo est une machine à avaler les bosses. Et je pèse mes mots. Oui, le fait qu’il soit léger est clairement un atout, mais pas seulement. Sa géométrie “à l’ancienne” fait encore son effet, sans compter l’effet de relance des roues (version diplomate pour dire sa souplesse latérale) qui permet de donner un coup de fouet à chaque relance en danseuse. Je me demande si j’ai déjà pris autant de plaisir à grimper des côtes, en tout cas à cette vitesse.

DR. Swann L. Lefèvre

C’est qui le champion ?

Dans un monde parfait, l’Urta SLR pourrait y avoir sa place si l’on considère uniquement ses performances sportives. Ce vélo est fait pour les amateurs de vitesses, aux chasseurs de chrono, mais aussi pour tous ceux qui veulent envisager de rouler vite et longtemps, même sur les chemins escarpés des régions vallonnées sous condition de quelques ajustements. Reste l’épineux problème du prix. Un Wilier n’a jamais été bon marché, on peut même dire que très souvent la marque n’a pas les pieds sur terre avec ses prix astronomiques, mais vous pouvez trouver dans leur vaste déclinaison d’équipements un prix en adéquation avec votre budget. Toujours est-il que dans cette version, l’Urta SLR nous a raconté une belle histoire, qui nous a fait croire le temps d’une petite centaine de kilomètres à son guidon que nous étions un champion.


Ce qu’il faudrait changer

DR. B.L

Pour être tout à fait honnête, même si les freins Shimano XT font bien leur travail, à ce niveau de prix, on pouvait s’attendre à rouler sur des Shimano XTR. C’est aussi au niveau de la tige de selle que l’on peut se poser des questions. La Ritchey WCS est parfaite, mais là encore, vous disposerez d’un modèle en alu, et pas en carbone. A 9 700 €, cela fait tache. Après les plus pointilleux auraient certainement préféré rouler sur une transmission Sram AXS, donc électrique sans fil, plutôt qu’à câble. Voilà pour ce problème de rapport prix/équipement. Reste les points que l’on aimerait vraiment changer pour que ce vaisseau intersidéral soit parfait. D’abord, la selle. Certes c’est souvent une histoire de fessier, mais là il faut avouer que la Selle Italia X-LR Carbonio est peut-être légère, mais est loin d’être confortable… Les poignées sont elles aussi légères, mais comme pour l’Orbea Oiz le mois dernier, elles manquent de confort et entraînent souvent des fourmis dans les mains. Enfin il reste les pneus. Ce n’est pas la première fois que nous roulons ces Vittoria Mezcal Graphen2.0 et encore une fois nous n’avons pas été conquis par la qualité de sa gomme qui reste beaucoup trop dure (même si elle est quasiment inusable). Le bon dessin des crampons ne suffit pas à garantir un bon grip. Ça glisse trop souvent !

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Caractéristiques

GEOMETRIE :

Taille : M
Tube supérieur : 580 mm
Tube de selle : 445 mm
Angle de direction : 69°
Angle de tube de selle : 75,2°
Hauteur de douille : 95 mm
Bases : 435 mm
Empattement total : 1123 mm
Hauteur de boîtier : 323 mm
Reach : 432 mm
Stack : 610 mm

FICHE TECHNIQUE :

Tailles : S, M, L, XL
Modèle d’essai : M
Cadre : carbone HUS MOD
Fourche : Fox 32 SC Factory
Amortisseur : Fox Float DPS Factory
Freins : Shimano XTR, ø180/160 mm
Dérailleur arrière : Sram Eagle XX1
Pédalier : Sram Eagle XX1, 175 mm, 32 dts
Commande : Sram Eagle XX1
Cassette : Sram Eagle XX1, 10-50
Roues : Miche K1 Carbon Pneus : Vittoria Mezcal XC Race Graphene 2.0, 29 x 2.25
Potence : Urta Carbon, 75 mm
Cintre : Urta Carbon, 760 mm
Tige de selle : Ritchey WCS, ø 27,2 mm
Selle : Selle Italia X-LR Carbonio

Distributeur : Wilier, www.wilier.com

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NOTES

Rendement 5

Confort 4,5

Maniabilité 4

Stabilité 4,5

Prix/équipement 4

TOTAL : 17,6/20

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On aime : Machine à faire défiler les kilomètres à vive allure • Cadre assez tolérant • Beaucoup d’options pour personnaliser son vélo

On regrette : Géométrie traditionnelle • Fourche pas adaptée à la cinématique de suspension arrière • Poignées inconfortables

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Journaliste & photographe