Ibis Mojo SL : complètement Ibis

L’Ibis Mojo fait aujourd’hui figure de référence dès que l’on parle d’œuvre d’art, de rendement ou encore de plaisir de pilotage. Avec cette version SL, Ibis s’ouvre une nouvelle porte, celle des weight weenies, les chasseurs de kilos. Cela fait maintenant deux ans qu’Ibis nous fait rêver avec son Ibis Mojo, il était temps de le découvrir…

Après plusieurs mois de développement, Ibis présente il y a maintenant un an, le Mojo SL. SL pour Super Light (super léger). Les chiffres parlent d’eux même : 2,3 kg cadre + amortisseur. Ibis revient dans la course. C’est tout bonnement 400 g de moins. Pour obtenir un tel résultat il n’y est pas allé par quatre chemins. Le process de fabrication du cadre a été repensé. Désormais le cadre du Mojo est réalisé en carbone haut module, c’est léger et résistant. Avec ces feuilles de carbone, l’épaisseur du cadre a pu ainsi être diminuée. A l’arrière, le triangle se pare de noir jusque l’extrémité de ses pattes. Contrairement au Scott Genuis II, les pattes ne sont pas ici complètement réalisées en carbone. Elles conservent une ossature en aluminium. Pour continuer sa cure d’amaigrissement, la visserie du Mojo classique a été troquée par un kit de visserie titane. Il n’en fallait pas moins pour obtenir le résultat tant attendu.

L’ibis Mojo SL gagne en légèreté mais perd en rigidité latérale arrière…Un compromis que l’on accepte vu sa capacité à générer du plaisir…

Dernière touche pour parfaire le travail, le Mojo ne reçoit pas de peinture comme son petit frère, mais une sorte de vernis qui donne l’impression d’une peau de pêche. C’est léger et surtout cela offre une bonne protection contre le cisaillement des gaines et surtout cela amorti les petites projections contre le cadre. Revers de la médaille, le cadre est particulièrement difficile à conserver en l’état. Nettoyer un Ibis Mojo SL après une sortie poussiéreuse voire grasse peut vite tourner au cauchemar. Mais c’est le prix à payer pour obtenir cette chute de poids. Dernière touche, l’amortisseur Fox RP23 est troqué pour le DT Swiss XR Carbon. Voilà comment Ibis a pu gagner 400 g sur son Mojo. Bon, d’accord, depuis Scott vient de lui faire un block pass avec son fabuleux Genius II (2,250 kg avec amortisseur et 150 mm de débattement), mais quand même, l’artisan Ibis fait fort.

La suspension arrière par contre ne change pas d’un iota. Pourquoi changer quelque chose qui fait merveille ? Le Mojo Sl adopte donc une suspension à point de pivot virtuel emprunté à Dave Weagle (DW Link) et adapté spécialement pour Ibis. Le triangle arrière est donc relié au triangle avant pas deux biellettes en alu forgé, puis usinées et recouvertes de Nickel. Le DW Link a plusieurs originalités. La première repose sur sa courbe de compression. Elle progressive sur les 50 premiers millimètres du débattement, de quoi offrir une réponse immédiate à l’accélération. Ensuite, elle devient plus linéaire jusque 80 mm afin de dévoiler une motricité hors paire. Et enfin, elle vient se durcir en fin de course pour ne pas entrer dans le débattement et claquer à chaque réception de saut ou d’encaissement de gros chocs. Autre particularité, la suspension travaille beaucoup avec la tension de chaîne afin de minimiser l’effet de pompage. Il est donc important de bien avoir une transmission en état sur un tel vélo. Dernier point, le DW Link est optimisé pour accélérer fort quelque soit la position du pilote : debout ou assis le combat contre le pompage est le même.

Avec un tel cadre, Ibis Mojo SL est un VTT qui doit s’afficher sous la barre des 11 kg. On peut facilement se monter un produit à 10,5 kg. Un choix qui n’a pas été celui de l’importateur français puisque notre montage plutôt typé agressif ne nous permettait pas un tel objectif. Notre modèle de test était en effet équipé de pneumatiques Hutchinson Toro en 2.35 de large, qui plus est avec des chambres à air de descente (300 g la chambre…). Pas franchement dans le programme d’un tel vélo. La fourche de son côté, la nouvelle Marzocchi 44 ATA (une XC 700 à peine maquillée), ici en axe de 9 mm, n’est pas non plus ce que l’on pourrait s’attendre. Non seulement elle est trop lourde face à la concurrence des Fox 32 ou des RockShox Revelation, mais en plus notre modèle était loin d’être une référence en matière de fonctionnement. Vous dire que nous l’avons haïs durant toutes nos différentes sorties ne serait qu’un doux euphémisme. Son hydraulique n’est pas à la hauteur de la concurrence, qui plus est, elle nous a gratifier d’un enfoncement par paliers avant de finir limité a 105 mm de débattement. Don acte !

Le Mojo SL ne se contente pas d’être beau. Il est efficace dans tous les secteurs d’utilisation et surtout, il valorise son pilote par sa facilité d’utilisation

Vous l’aurez compris, c’est donc avec le plus grand désir, un désir très égoïste avouons le que nous nous sommes lancé au guidon de cette œuvre d’art roulante et là… déception. Qu’est-ce que c’est que cette charrue ? Non ce n’est pas possible… Première grosse accélération, le VTT tarde à s’élancer. Mais où est le Mojo qui nous a tend fait rêver ? Preuve que le montage d’un équipement sur un VTT a une importance primordiale. Impossible dans ces conditions de l’utiliser comme il se doit. L’Ibis est lourd à emmener, une inertie désagréable se fait sentir. Et que dire de la fourche qui fonctionne une fois sur deux, fait un bruit de ressort inquiétant et qui a décidé de rester à 100 mm de capacité d’encaissement des chocs. Sortie terminée. Retour au stand pour une reconfiguration complète de la machine. Exit les gros boudins dont la tenue sur l’angle est prise en défaut, retirées les chambres à air de VTT de descente, retour vers un train roulant plus conventionnel : un Continental Rubber Queen à l’avant en 2.2 et un Mountain King à l’arrière en section plus fine (cela évitera au pneu de frotter contre la base sur les gros appuis comme sur notre montage d’origine). Enfin un train roulant qui ne va pas pénaliser le rendement !

Pour la fourche, remplacée par la nouvelle Fox 32 140 mm en axe classique. L’Ibis est transformé. On retrouve enfin tout ce qui nous avait tant fait désiré ce Mojo. Le sourire est de retour même si l’arrière reste souple lors des gros démarrages façon sprinter. La chaine vient alors lécher la fourchette extérieure du dérailleur avant. Il va falloir ce faire une raison, ce Mojo SL n’est pas fait pour les pilotes puissants. Par contre, l’explosion est bien là, accompagné par une motricité de la roue arrière qui ne le quittera jamais. La suspension DW Link est vraiment performante et se passe finalement très bien de réglages de la compression à la volée (comme sur un Fox RP23 par exemple). Le seul regret sur cet amortisseur DT Swiss, c’est qu’il est monté sur rotules, du coup on ne peut pas compter sur lui pour apporter le petit plus de rigidité au châssis (même s’il faut le dire cette suggestion est complètement anti mécanique) qui lui manque.

Dans ces conditions il faut reconnaître que le Mojo SL est alors un peu à la peine question précision de pilotage. Non pas que le train avant ne soit pas précis, ça non, surtout avec cette douille de direction surdimensionnée mais l’arrière a toujours tendance à vouloir se balader dans le technique rapide. Il faut alors un peu d’expérience de pilotage pour conserver une bonne vitesse. Sinon il suffit de baisser le rythme et là, l’Ibis s’en sort parfaitement, profitant de son agilité naturelle et de sa suspension arrière qui métamorphiserait un champs de mines en billard. Remarquez tout cela tombe bien, vu que les freins Shimano XTR qui faisait partie de la dotation manquent toujours autant de mordant dans le rapide. Notre parcours alternant côtes très raides mais courtes suivies de descentes en lacé, a bien mis en avant la facilité du VTT à se mouvoir. Au jeu des changements de direction rapide, il devient grisant de le piloter tant sa maniabilité fait merveille.

Joueur, L’ibis Mojo SL l’est assurément et il se jette d’un virage à l’autre avec une étonnante facilité

Pour le coup, nous en profitons pour jouer de sa souplesse arrière pour balancer le VTT d’un côté à l’autre. L’Ibis est alors ultra tolérant profitant d’ailleurs de la capacité impressionnante d’absorption des chocs de la suspension arrière pour hausser le ton. Jamais nous n’avons senti l’arrivée de la butée de l’amortisseur (pourtant plus linéaire que le souvenir que nous avions avec le montage Fox RP23). La légèreté de la machine permet dans cette configuration de terrain de relancer très vite histoire de se jeter d’un virage à l’autre encore plus vite pour finalement de se lancer dans la grimpette qui suit. Là, l’Ibis est royal. La motricité est tout bonnement exceptionnelle. C’est bien simple, le Mojo vous ferait grimper à un arbre. Racines, pierres, terrain glissant rien ne le fait broncher. Il monte au train sans se soucier de ce qu’il a sous les roues. Notre parcours qui est ponctué par une longue ascension (elle se négocie en trois étapes : une cote à 20 % dans de la pierre souvent humidifier par une source d’eau qui s’y déverse, une partie centrale plus roulante et enfin un mur en léger dévers en raison du ravinnage naturel du sol) ne fera que confirmer ses capacités à grimper. Certes dans le pentu il faudra jouer avec le poids du corps vers l’avant pour conserver une bonne assiette mais le Mojo y ferait pâlir un pur crosseur. Assis en selle, il vous monterait sur l’Everest.

Verdict, nous sommes sous le charme du Mojo SL, c’est évident…

L’Ibis Mojo SL s’apprécie sur les longues distances. Il monte au train, descend comme un cabri et distille un plaisir de pilotage qui se lit sur le visage du pilote. Est-ce suffisant pour faire oublier la perte de rigidité latérale par rapport au Mojo classique et donc le manque de précision dans le gros dénivelé positif ou encore son prix qui a augmenté de 500 e ? Oui car il suffit de s’asseoir dessus pour que la magie opère (dans l’hypothèse évidente que le montage des périphéries soit en adéquation avec son programme). On est alors comme hypnotisé par la capacité de sa suspension arrière à niveler le sol, conquit par sa capacité à se sortir de toutes les situations autant à l’allure d’un homme qui marche que d’un cheval au galop. En plus avec une masse pouvant osciller entre 10 et 11 kilos, l’Ibis ne sera jamais un handicap même lorsque votre physique ne sera pas au rendez-vous. Reste alors à le comparer à sa nouvelle bête noir, le Scott Genius II et là, il faut bien avouer que la rigidité, la tenue de cap et surtout la sensation de sécurité lorsque la pente tombe dans le positif vont à l’avantage du nouveau venu. Reste la suspension arrière, et là l’Ibis a encore de l’avance.

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