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Rencontre : Nicolas Ménard, le METAmorphoseur

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C’est l’amour du VTT qui a mené Nicolas Menard en Andorre, chez Commençal. De son premier cadre baptisé The Bike Project en 2003 développé pendant ses études d’ingénieur aux nouveaux Commençal DHV3 et Meta, il y a bel et bien un fil conducteur : la passion !

VTT : Parle-nous un peu plus de ce cadre…
N.M. : The Bike Project est né en 2003. Il s’agissait d’un cadre en aluminium doté d’une douille de direction réglable et d’une transmission singlespeed. C’était l’époque du fat, nous n’avions pas lésiné sur les renforts ! C’était une belle expérience et je conseille à tous ceux qui veulent travailler dans le milieu de faire ce genre de chose : montrer que l’on s’intéresse concrètement aux problématiques et comprendre comment cela fonctionne.

VTT : D’où l’envie de bosser dans l’industrie du VTT. Comment cela s’est-il passé ?
N.M. : Il fallait que je fasse un stage dans le cadre de mes études d’ingénieur. J’ai été pris chez Sunn pour un stage de six mois, où j’ai rencontré Serge Lopez. J’ai vraiment adoré le fait de bosser dans une boîte à dimension humaine, dans le sens où l’on est polyvalent et pas uniquement bloqué sur un sujet en particulier. J’ai fini mes études avec beaucoup de mal, car j’avais une seule chose en tête, travailler dans l’univers du VTT. J’ai fait mon deuxième stage chez Commençal en 2005, puis Max m’a proposé de continuer à bosser en Andorre.

VTT : Sur quels projets as-tu travaillé ?
N.M. : J’ai travaillé sur le Mini DH V2, puis j’ai apporté quelques idées sur le DHV2. Les choses se sont enchaînées rapidement ensuite avec le Super 4, le Skin, la famille Ramones, le DHV3 et le nouveau Meta… Beaucoup de choses !

VTT : Y a-t-il une réalisation dont tu es particulièrement fier ?
N.M. : Je suis particulièrement fier du Mini DH, car il s’agissait de mon premier vrai projet, et qu’il s’agit d’un vélo qui déboite ! J’en possède encore un et il restera toujours dans mon garage, même si les choses évoluent. Ensuite, il y a les nouveaux DHV3 et Meta. C’était un gros challenge de partir sur une nouvelle plateforme, on s’en est bien sorti et les pilotes du team en sont vraiment satisfaits. C’est valorisant, surtout lorsque l’on venait du V2 qui avait obtenu le titre de champion du monde avec les Atherton. Le V3 n’a peut-être pas encore ce palmarès, mais des pilotes comme Thibaut Ruffin l’adorent.

VTT : Comment peut-on améliorer une machine championne du monde ?
N.M. : En essayant de pousser encore plus le concept, comme par exemple le centre de gravité très bas inauguré sur le DHV2, et que l’on a encore abaissé sur le V3. On voulait également optimiser la trajectoire de roue, avoir une conception plus moderne et améliorer certains éléments. Tout cela mis bout à bout, tous ces éléments ne viennent pas du jour au lendemain. Les idées arrivent progressivement et parfois de façon insolite. Pour l’anecdote, l’esquisse du DHV3 est née dans un bateau entre la Chine et Hong Kong !

VTT : Avec quel logiciel travailles-tu ?
N.M. : Je bosse avec le logiciel Pro Engineer, et je l’utilise également pour calculer mes courbes de suspension. Je ne suis pas spécialement fan des programmes comme Linkage, car je travaille plus rapidement à ma façon !

VTT : Le nouveau Meta sera décliné en 29 pouces. Peux-tu m’en dire un peu plus ?
N.M. : Il reste encore quelques détails à peaufiner, car le 29 pouces est encore assez nouveau pour nous. Avec le Meta 29 on ne voulait pas faire comme les autres et conserver avant tout le côté ludique. On a commencé par le créneau du all-mountain car nous sommes persuadés que cet taille de roue présente un avantage certain sur ce type de course en terme de franchissement, de grip et en descente.

VTT : La philosophie Commençal, c’est quoi ?
N.M. : Les racines de Commençal viennent de la montagne. Andorre est notre terrain de jeu et fondamentalement cela se ressent dans nos produits. Même lorsque l’on fait des VTT de cross-country, ils sont pensés pour répondre à une pratique exigeante et ludique. Concrètement, cela signifie qu’on privilégie un angle de direction ouvert et une potence courte, même sur un crosseur. De toute façon je pense que le jour où l’on trouvera une potence en 120 mm de longueur et un angle de direction de 71° sur un Commençal (même de cross-country), Max (Commençal, ndlr) m’étranglera ! Ce n’est pas la philosophie de la marque…

VTT : Comment résumerais-tu l’équipe de Commençal ?
N.M. : Il y a une vrai unité. On partage les mêmes valeurs et la même envie de se faire plaisir sur un vélo avant tout. Si on est à l’aise sur un VTT et que l’on se fait plaisir, on est performant. J’ai participé à quelques compétitions pour voir à quoi ça ressemblait, mais finalement il n’y a rien de mieux que d’aller rouler avec ses potes et de passer un bon moment. La vision de Commençal peut parfois sembler éloignée de certains pratiquants. On reste une petite marque, autant avoir nos produits et proposer quelque chose de différent plutôt que d’être un énième Specialized ou Trek, deux marques qui font très bien leur boulot.

VTT : Le nouveau Meta sera décliné en version SL. De quoi s’agit-il ?
N.M. : On n’ira pas faire un XC superlight, ce n’est pas le but. Ce que l’on souhaite avec ce 120 mm de débattement, c’est avoir un vélo doté d’angles et d’une géométrie qui permette d’envoyer tout en bénéficiant d’un rendement supérieur. Souvent les gens recherchent du débattement, alors que lorsque l’on roule dans des régions moins exigeantes, c’est beaucoup plus sympa d’avoir un vélo avec un débattement réduit, mais qui bénéficie d’un boîtier de pédalier bas et d’angles couchés permettant d’obtenir un super feeling sur un terrain adapté.

VTT : Pas trop difficile de faire accepter de tels choix en cross-country par exemple, où beaucoup de pratiquants sont loin de comprendre qu’un boîtier de pédalier bas et qu’un angle de direction ouvert peut améliorer le comportement sans nuire au rendement ?
N.M. : On rencontre le même problème dans toutes les disciplines. Lorsqu’on a sorti le Mini DH en 160 mm de débattement, beaucoup de pratiquants étaient réfractaires à l’idée d’un débattement réduit avant même d’essayer ce vélo, car dans leur esprit il fallait obligatoirement avoir du débattement pour rouler en descente. Hors, il suffit juste d’avoir une suspension bien gérée. Le Meta 6 et le Mini DH avaient exactement le même débattement et pourtant il s’agissait de deux machines complètement différentes. Nous sommes dans un sport mécanique où les gens se préoccupent énormément des aspects techniques. Mais lorsque l’on achète une voiture, qui se soucie du débattement des suspensions ? Parfois, il faudrait peut-être revenir à l’essentiel, à savoir essayer un VTT et se faire plaisir…

VTT : Lorsque tu vois l’arrivée massive du carbone en descente, penses-tu que l’avenir est là ?
N.M. : Le carbone peut avoir une utilité à haut niveau, mais c’est un peu plus compliqué pour le pratiquant moyen, en cas de chute entre autre. C’est surtout un enjeu économique. On sortira peut-être un cadre de descente en carbone un jour, mais il faudra faire beaucoup d’efforts financiers sur l’outillage entre autre, qui coûte très cher. On peut faire des cadres très légers en utilisant l’aluminium et honnêtement, pour le moment je vois le carbone comme un matériau réservé à la compétition. J’imagine mal le rider qui roule essentiellement en bike-park et tombe au minimum trois fois par jour utiliser un cadre en carbone.

VTT : Le cadre du nouveau Meta n’est pas des plus légers… Une volonté ?
N.M. : Forcément, on a envie de proposer des VTT compétitifs en terme de poids, mais la finalité première est la fiabilité. Je pense que l’enjeu principal est la répartition des masses. Je privilégie des roues légères au poids du cadre en lui-même. Vaut-il mieux rouler sans soucis sur un cadre qui soit 200 g plus lourd ou bien rouler sur un cadre plus léger et se retrouver avec un vélo cassé à 50 km de chez soi ? Il y a autant de pilotes que de façons de rouler et d’abuser du matériel. Les gens qui choisissent nos vélos ont en général un pilotage engagé, et nous ne voulons pas qu’ils aient de soucis de fiabilité en roulant.

VTT : C’est peut-être aussi pour palier aux problèmes de fiabilité rencontrés sur les cadres il y a quelques années ?
N.M. : Nous avons assumé les erreurs du passé avec le SAV. Aujourd’hui nous avons réellement progressé sur la fiabilité de nos cadres en développant nos propres tests de fatigue. Nous sommes vraiment au-dessus de ce que peut proposer la norme européenne. Je connais peu de marques de notre taille qui soient si attachées à accorder autant de soin à la fiabilité. Nous avons huit tests de contraintes différents sur le cadre, on dépense beaucoup d’argent là-dedans et on met des limites de fatigue élevées sur nos produits. Aujourd’hui on préfère surdimensionner et que le pratiquant soit tranquille.

VTT : L’avenir de Commençal ?
N.M. : Travailler en continu sur le DH et le Meta, une refonte des gammes hardtail et de la famille Absolut. On était assez précurseurs avec cette dernière à l’époque, on a un peu laissé aller et aujourd’hui on a de bonnes idées avec notre team rider Yannick Granieri. Je ne laisse pas de côté les VTT d’entrée de gamme, car on a tous débuté un jour, moi le premier ! J’ai envie que le pratiquant qui débute s’éclate au guidon d’un bon VTT. C’est la philosophie de toute l’équipe. On veut proposer un VTT d’accès à notre sport qui soit beau, qui fonctionne et au guidon duquel on s’amuse. Le VTT est un sport qui coûte cher, et on essaye de donner le meilleur de nous-mêmes pour que même sur un modèle d’entrée de gamme le pratiquant puisse prendre du plaisir à rouler. Mon père possède un des premiers Commençal Combi. Lorsque je vais rouler avec, je m’éclate car je me rends compte que je n’ai pas forcément besoin d’avoir le modèle dernier cri pour m’amuser. C’est bien souvent plus difficile de faire un bon VTT d’entrée de gamme qu’un bon VTT haut de gamme !

VTT : Le 29 pouces a-t-il du sens dans les produits destinés au débutant ?
N.M. : Les roues de 29 pouces sont vraiment intéressantes sur des semi-rigides d’entrée de gamme, car elles permettent de rouler avec plus de confiance. Elles absorbent mieux les obstacles, offrent plus de grip et un meilleur franchissement. On bute beaucoup moins sur les obstacles et on roule plus facilement dans le technique. Le seul problème, c’est qu’il faut faire attention à la qualité du rayonnage de la roue.

VTT : Lancer un nouveau châssis est un sacré challenge, non ?
N.M. : C’est toujours un peu stressant de lancer un nouveau produit. On a notre propre idée, mais il y a ensuite l’avis des pilotes, des magazines et du public. A ce niveau-là, c’est plus que positif et cela correspond à ce que l’on voulait. Tant que l’on arrive à faire ce que l’on aime et que cela plaît aux gens, c’est génial. On a lancé le Meta au Canada lors des Crankworx et le public étranger a adoré. Globalement, c’est une énorme satisfaction. Tout le travail ne revient pas qu’à moi. Il y a beaucoup de gens qui m’ont aidé sur la partie mise en production, tous les riders et les feedbacks obtenus au sein de la compagnie… C’est un vrai travail d’équipe !