Nukeproof Reactor 275 Factory : L’habit ne fait pas le moine

Nous avions pris en main le Nukeproof Reactor RS durant sa présentation en juin dernier. Un vélo au look classique qui nous avait surpris par son comportement plus que prometteur surtout en descente. Nous vous livrons aujourd’hui notre verdict après plus de quatre mois de roulage sur nos sentiers techniques

DR. Jacques André

Prix: 4699,99 € | Poids : 13,8kg taille M ; roues 4,8 kg | Déb. av : 150 mm | Déb. ar : 140 mm / Pratique : trail, all mountain, enduro

Nukeproof est une marque née en Californie qui a connu un certain succès dans les années 90 avant de sombrer dans l’oubli. Nous devons sa renaissance au groupe irlandais spécialisé dans la vente en ligne Chain Reaction. Ils ont relancé Nukeproof en le mettant sur le devant de la scène sur des segments enduro et gravity. Avouons que gagner trois fois d’affilée le prestigieux titre de champion du monde d’enduro attire forcement l’attention. Nous avons sauté sur l’occasion de la sortie du vélo polyvalent pour savoir si Nukeproof avait réussi à trouver la recette pour proposer le vélo de trail ultime.

Le Reactor, une grande fratrie

le Reactor a la lourde tâche de couvrir toutes les disciplines alternatives entre le cross-country pur et l’enduro. Cette gamme se compose d’une version en 29 » et 27.5 ». Nous retrouvons un cadre en carbone ou un cadre en alu suivant le niveau de gamme, avec pas moins de 12 déclinaisons pour des prix allant de 2750 € pour la version de base (Comp) à 5400 € pour la version de luxe (RS). Au niveau des tailles, Nukeproof crois fortement à la parité 27 » et 29 » avec les deux versions déclinées en S/M/L/XL ce qui est assez rare pour être souligné. Nous avons choisi de tester la version Factory en version 27.5 » assez haut de gamme au niveau des composants mais au prix étudié. Nous nous sommes aperçus que beaucoup de majors poussent dans un souci de rationalisation les excellentes roues en 29 », mais que cependant, suivant son usage et son niveau, le 27.5 » pouvait rester un choix judicieux et plaisant.

Le Reactor dans cette version Factory est sombre avec un bleu mat élégant agrémenté de rappels orange pour être assorti aux suspensions Fox. Le choix des composants est sans surprise avec des produits reconnus comme le nouveau groupe Shimano XT, 12 vitesses, en mono-plateau ou les roues en provenance de chez DT Swiss. La géométrie est plutôt conservatrice à notre grande surprise pour un vélo anglo-saxon. Le Reactor n’est pas pourvu d’angles déraisonnables, même constat pour le déport de fourche ou la longueur de la potence plutôt vieille école. La suspension arrière n’est pas non plus révolutionnaire avec un agencement qui nous rappelle certains Rocky Mountain, utilisant le système Horstlink où la biellette est placée sous le tube supérieur. Un look finalement classique qui ne permet pas au premier coup d’?il de percevoir ce qui va en être sur le terrain. D’un certain côté, nous trouvons cela assez judicieux pour toucher un vaste public car il n’est jamais aisé de contenter le randonneur proche du cross-country de celui qui souhaite avoir un petit vélo d’enduro. Nous pouvons cependant reprocher au designer maison de ne pas avoir trouvé une petite fenêtre pour rendre ce vélo un peu plus singulier, quitte à prendre quelques risques.

Il faut prendre le temps de dompter la bête

Nous commençons notre test avec un ajustement des pressions avec une course morte classique pour ce type de débattement. Nous ajustons la suspension arrière avec 30% et la suspension avant avec un tout petit peu moins, soit 28 % (préférence personnelle sur un vélo en 27.5 »). Au niveau des compressions, nous commençons le test en mode confort tout ouvert et avec une détente assez rapide recommandée par Fox au vu des pressions déterminées. Dans cette configuration, ce qui saute aux yeux c’est le confort. Le Reactor est un canapé dans le jargon du vététiste. Le vélo est généreux en motricité et nous avons clairement l’impression d’avoir une grosse réserve de débattement. Nukeproof a fait le pari de ne pas trop abuser de l’effet de chaîne comme c’est souvent le cas sur ce type de vélo pour laisser vivre au mieux sa suspension. Nous nous sentons à notre aise avec une position bien relevée et assez centrale grâce au choix du poste de pilotage avec une potence en 50 mm. En position assise, le vélo demande de pédaler bien rond ou en cadence pour ne pas trop affaisser les suspensions.

Si nous voulons accélérer franchement, il est judicieux de privilégier le mode danseuse, le plus en avant possible. Sur les grandes pistes roulantes, le Reactor demande d’adopter un rythme linéaire pour ne pas trop gaspiller d’énergie et nous avons utilisé souvent la seconde position d’ajustement de la plateforme de l’amortisseur. Dans les montées plus escarpées et plus raides, la position intermédiaire sur l’amortisseur devient obligatoire sous peine de sentir la roue avant se délester rapidement. Les passages les plus raides doivent se faire sur le bec de selle ou en danseuse. Énergétiquement cela devient vite coûteux et il ne faut pas en abuser sous peine de mettre le pied à terre. Nous nous demandons même si le plateau en 32 ne serait pas trop gros pour une telle machine et si des manivelles plus courtes ne seraient pas intéressantes car nous avons tendance à accrocher les pédales.

Une fois que la descente commence, nous nous sentons immédiatement en confiance malgré la roue avant de 27.5 » et l’angle de 66°. Nous sentons que le simple fait de baisser la selle et de se mettre en arrière permet au vélo de s’assoir et d’offrir un maximum de sécurité. Nous avons la sensation d’avoir plus d’angle que ce qu’il y a sur le papier. Le Reactor est d’une facilité déconcertante dans la pente. Nous nous sentons capable d’affronter tous les obstacles en frontal comme si nous avions un vélo d’enduro. La suspension arrière encaisse sans jamais talonner violemment. Mais nous avons parfois du mal à virer dans certains virages surtout si nous omettons de charger l’avant. Nous avons la sensation que le moindre changement de position du pilote a un effet assez important sur le comportement du vélo. Cela devient flagrant sur des sentiers où il faut jouer avec le terrain. Le vélo peut rapidement prendre beaucoup d’énergie et nous avons souvent une position un peu trop sur l’arrière. Le Reactor conforte notre première impression que c’est un excellent descendeur surtout quand il y a de la pente, mais nous avons l’intime conviction que ce vélo peut encore nous donner beaucoup plus si nous arrivons à trouver de meilleurs ajustements. Nous décidons de travailler plus particulièrement sur les suspensions. Nous conservons les 30 % de précontrainte pour garder le grip en descente mais nous ajoutons quelques clics de compression basse vitesse pour limiter un peu l’impact de nos mouvements sur elle. Nous passons aussi à 30 % de précontrainte sur la fourche car nous n’utilisons jamais la totalité du débattement sur l’avant. Malgré tout, le vélo manque encore de dynamisme et nous sommes souvent obligés de jouer avec le levier de la plateforme quand il faut grimper. Nous sommes obligés de réajuster certaines de nos trajectoires habituelles car les pédales viennent en contact avec le sol. Nous nous demandons même si la position basse est envisageable tellement le vélo est au ras du sol. Nous tentons donc une autre expérience pour résoudre notre problème d’assiette (trop souvent trop sur l’arrière et les pédales qui touchent). Nous repartons sur les valeurs de précontrainte des suspensions de départ pour la fourche (27%) et uniquement 25% sur l’amortisseur. Nous relâchons par la même occasion la compression basse vitesse de l’amortisseur. Nous avons aussi pris le temps de changer la selle, non pas pour son confort mais pour un modèle qui permet de se positionner plus sur l’avant quand cela grimpe fort.

DR. J. André

Les clés du paradis

Cette dernière configuration de réglage nous offre enfin ce que nous recherchions tant sur un vélo de trail. Le Reactor offre toujours une motricité impressionnante. Nous pouvons grimper partout sans pour autant jouer avec la plateforme. Le fait de réduire la course morte et surtout de se positionner plus sur l’avant procure un meilleur compromis pour grimper efficacement. Le seul bémol viendra sur les longues sections plates où nous nous sentons un peu sur l’avant. En descente le vélo reste tolérant mais garde bien mieux la vitesse et nous avons moins la sensation de partir sur l’arrière. Nous prenons un grand plaisir à faire de généreux appuis et à utiliser la rigidité tout en maîtrise du cadre. Le vélo est vraiment phénoménal dans le cassant et les terrains naturels. Nous nous sommes rarement sentis aussi en confiance sur un vélo.

Au final

Le Reactor cache bien son jeu, mais certes, il faut un peu de temps pour bien le régler surtout au niveau de l’assiette. Le fait d’avoir agencé la suspension arrière de cette façon déplace le centre instantané de rotation sur l’avant plus nous rentrons dans le débattement. Il faut trouver des ajustements qui permettent de rester un maximum sur l’avant et surtout ne pas se faire emporter sur l’arrière sous peine de ne plus pouvoir contrôler la trajectoire. Le poste de pilotage et le déport de fourche vont dans cette voie avec des longueurs correctes pour ce type d’architecture. Néanmoins un tube de selle bien plus redressé serait aussi une bonne solution… Il faut aussi creuser au niveau de l’évolution de la courbe d’amortissement pour mieux comprendre le comportement du Reactor. Sur le parking, nous pouvons nous apercevoir que les tous premiers millimètres de course sont assez raides et il faut rentrer approximativement autour des 30 % de course pour avoir le maximum de souplesse, puis cela devient extrêmement progressif. Il faut se concentrer sur un réglage de la précontrainte dynamique et ne pas se contenter d’un réglage basique sur le parking. Mais une fois le mode d’emploi assimilé, on découvre un vélo extrêmement polyvalent, fait pour affronter n’importe quel terrain naturel. Les roues de 27.5 » lui apportent une dose de dynamisme indiscutable. Le choix des composants est pratiquement parfait et le châssis est tout en maîtrise sur les effets de freins et de chaîne. Nous comprenons mieux pourquoi l’un de nos confrères anglais l’a proclamé vélo de trail de l’année. Un look sage mais avec un caractère bouillant, surtout si vous cherchez un vélo pour vous éclater en descente.

Caractéristiques

FICHE TECHNIQUE ; Tailles : S, M, L, XL – Modèle d’essai : M – Cadre : carbone 140 mm – Fourche : Fox 36 Float Factory Grip2, déport 44 mm – Amortisseur : Fox Float DPX2 Factory – Freins : Shimano XT 4 pistons, ø203/180 mm – Dérailleur arrière : Shimano XT, 12v – Pédalier : Shimano XT, 32 dts – Commande : Shimano XT, 12v – Cassette : Shimano XT, 10-51, 12v – Roues : DT Swiss M1700 Spline – Pneus : av. Maxxis Minion DH F3C Exo + 27.5 x 2.50 ; ar. Maxxis Minion DHR 3C Exo +, 27.5 x 2.40 – Potence : Nukeproof, 50 mm – Cintre : Nukeproof Carbone, 780 mm – Tige de selle : Rockshox Reverb Stealth, 150 mm,ø 31,6 mm – Selle : Nukeproof – GEOMETRIE taille M : Tube supérieur : 611 mm – Tube de selle : 420 mm – Angle de direction : 65,5-66° – Angle de tube de selle : 75-75,5° – Bases : 430 mm – Empattement total : 1181 mm – Hauteur de boîtier : 330-337 mm – Reach : 454 mm – Stack : 605 mm.

Distributeur : Nukeproof, Contact : www.nukeproof.com

Notes

Rendement : 2 ,5

Confort : 4,5

Maniabilité : 4,5

Stabilité : 4,5

Prix/Equipement : 4

TOTAL : 16/20

On aime : Caractère atypique • Motricité et grip • Facilité de prise en mains en descente • Gestion du compromis rigidité/souplesse

On regrette :  Position de pédalage à optimiser • Demande un peu de temps pour bien le cerner • Look trop sage

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