Home ESSAIS Marin Rift Zone Carbon 2 : Attention zone de turbulences

Marin Rift Zone Carbon 2 : Attention zone de turbulences

Le Marin Rift Zone Carbone est un vélo de trail débridé, dans l’air du temps de ce segment de plus en plus populaire chez les constructeurs. Nous avons été attirés par sa singularité au niveau de son montage et son positionnement prix. Nous vous livrons nos impressions après un test intensif.

DR. Jacques André

Prix : 4399 € | Poids : 14,6 kg taille L ; roues 6,130 kg | Déb. av : 130 mm | Déb. ar. : 125 mm / Pratique : rando, trail, all mountain.

Marin lance pour 2020 une toute nouvelle gamme de vélos de trail en 29″ agressifs, comme le veut la tendance actuelle. La marque californienne continue à nous surprendre avec un modèle qui est aux antipodes des autres vélos en carbone de la gamme. Marin fait le choix de partir sur une plateforme plus simple comme pour ses modèles en alu pour offrir un look mais aussi un tarif plus attractif. La famille Rift Zone se compose d’un cadre entièrement en alu et une version plus haut de gamme avec un triangle avant en carbone. La version alu se décline en trois montages contre deux seulement pour le cadre carbone avec des prix allant de 1599 à 4399 €. La particularité de ce nouveau châssis vient surtout de sa simplicité au niveau de l’architecture de suspension. En effet Marin a fait le choix de laisser de côté la fameuse et non moins complexe suspension Nailed R3CT-2 Play. Le Rift Zone Carbone, que nous nommerons RZC, développe 125 mm de débattement via un agencement de suspension dénommé Mutlitrac technologie. Il faut y voir tout bonnement un système de suspension de type mono-pivot où les bases font la jonction entre le triangle avant (pivot principal) et la roue arrière. Les haubans jouent le rôle de biellette et nous retrouvons un basculeur minimaliste pour pousser l’amortisseur. Celui-ci est placé verticalement, ce qui permet de libérer de la place dans le triangle avant pour y loger le fameux et indispensable porte-bidon. Nous noterons que Marin a fait le choix d’utiliser un amortisseur métrique classique et non Trunnion qui permet pourtant de réduire encore un peu plus l’encombrement de celui-ci. Nous n’avons pas reçu d’information sur l’allure de la courbe d’amortissement de cette machine, mais nous noterons que le ratio moyen doit être assez bas car nous avons 50 mm de course sur l’amortisseur pour seulement 125 mm de débattement à la roue arrière. Une singularité sur laquelle nous reviendrons durant notre test. Le triangle avant est totalement en carbone utilisant la technologie monocoque et des fibres unidirectionnelles. Sur le papier rien de révolutionnaire, mais nous devons avouer que les graphistes ont eu le chic de rendre dynamiques les lignes de cette machine au design pourtant conventionnel.

Le passage des gaines est totalement interne, ce qui fait classe sur le papier mais en pratique cela est plus discutable, surtout sur ce modèle. Le triangle arrière lui est en alu avec une finition honorable et surtout un large dégagement pour les pneus malgré des bases courtes pour un 29″. La géométrie de ce RZC est moderne et particulièrement osée. Elle est clairement tournée vers le côté ludique de la pratique du VTT avec un arrière ultra compact (425 mm de longueur de base), un déport de fourche réduit et un poste de pilotage ramassé et relevé. Sans oublier la stabilité à haute vitesse avec un généreux empattement avant à l’angle de direction très ouvert. Nous avons clairement l’impression d’avoir une géométrie plus proche d’un petit enduro que d’un pur vélo de cross-country.

Le choix des spécifications est clairement dans cette direction avec des freins 4 pistons avec des grands disques et une paire de roues maison robuste chaussée de gros boudins renforcés. Encore plus singulier au niveau du montage reste le choix de la transmission qui fait la part belle au panachage des marques, ce que nous n’avions pas vu depuis bien longtemps. Un dérailleur arrière de renom en provenance de chez Shimano couplé à une chaîne KMC et un pédalier FSA. Un drôle de mix que nous avions hâte d’éprouver. Au niveau des suspensions c’est plus limpide avec un kit en provenance de chez Fox.

Au final, le montage de ce RZC est peu conventionnel et clairement tourné vers la fiabilité avec un poids final élevé pour le segment mais avec un prix relativement contenu pour une marque distribuée via un réseau traditionnel.

Une sensation de confort immédiat

Avant de partir à l’assaut de nos sentiers favoris, commençons par ajuster les suspensions suivant les recommandations fournies sur le site Marin, pour notre cas environ 155 psi. Pour la fourche, nous suivons scrupuleusement la pression notée sur le jambage gauche de la fourche. A l’arrêt, nous percevons déjà une grande souplesse au niveau des suspensions et le vélo s’affaisse généreusement sous notre poids. Les premiers tours de roues confirment cette sensation. Nous n’avons clairement pas le sentiment d’être sur un vélo de trail avec seulement 125 mm de débattement. Nous pourrions totalement nous imaginer sur un vrai vélo d’enduro. La position est clairement dans cette philosophie.

Malgré la longueur du tube supérieur, nous ne nous sentons pas du tout allongés sur la machine, bien au contraire. Nous avons le buste bien relevé. Les premières heures de roulage serviront d’abord à roder correctement les freins car comme nous l’avions déjà vécu sur un autre vélo avec les mêmes produits, il faut un certain temps pour trouver un freinage optimal. Le RZC nécessite clairement un bon freinage vu ses prédispositions pour la pente. Au niveau des sensations au pédalage avec ce réglage initial, il faut dépenser de l’énergie pour faire démarrer la bête. La vitesse de croisière acquise, il ne faut surtout pas la perdre. Heureusement les roues en 29” sont une aide précieuse dans cet exercice. Comme nous le pressentions, le RZC n’est pas un sprinteur. Entre la suspension active sur chaque coup de pédale et l’inertie des roues, nous ne prendrons jamais le risque de nous mettre dans le rouge sur les bosses. L’autre limite qui nous saute aux yeux dans la montée technique, c’est la fâcheuse tendance à accrocher les pédales. Le RZC est clairement fait pour rouler sur les grandes pistes ou les sentiers propres pour se rendre aux départs des descentes.

Destructeur de pente

Le RZC est dans son élément quand la pente commence à devenir déversante. Nous trouvons nos marques rapidement car il est très prévisible, surtout au niveau de l’effet de bras de la suspension (le pivot principal est parfaitement sous le centre de gravité du pilote en position descendante). Apres seulement quelques minutes, nous percevons le potentiel et la facilité que le vélo a à changer de cap et à se mouvoir dans le technique. Le RZC se pilote avec les jambes et le bassin. Mais la souplesse des suspensions nous limite dans notre progression car les pédales touchent souvent. Nous avons aussi une sensation de raideur dans la suspension arrière et nous talonnons régulièrement sur la moindre compression ou marche. Dans les parties moins pentues et plus joueuses, nous avons plus de mal à trouver notre équilibre et surtout à charger la roue avant. Nous sommes souvent à contre-temps, entraînant soit la perte de la roue avant quand nous sommes un peu en retard, soit une plongée excessive sur l’avant quand nous anticipons un peu trop. Il y a des ajustements à faire pour utiliser au mieux le potentiel de cette machine.

Le RZC est un vélo pour prendre son pied dans les descentes et les parties ludiques

Simon André

Trouver le juste équilibre

Il nous faudra diverses expérimentations pour trouver la solution (ajout d’anti-volume, réduction de la pression de la fourche, etc…) car les suspensions sont dépourvues d’ajustements externes performants. Nous avons passé un peu de temps dans l’atelier pour ajuster parfaitement les articulations, les busellures de l’amortisseur et les longueurs de gaines pour réduire au maximum les frictions initiales qui peuvent fausser la mesure de la précontrainte. Au final, la clé vient de la pression dans l’amortisseur arrière. Nous avons pris la décision de faire notre propre ajustement en partant sur un peu moins de 30% de précontraintes sur l’amortisseur, soit 14 mm de course. A notre grande surprise, nous avons dû ajouter presque 50 psi pour arriver à cette mesure et nous avons retiré l’anti-volume. Sur le terrain, nous découvrons un tout autre vélo. Le RZC certes ne se transforme pas en pur vélo de cross-country, mais nous avons un vélo bien plus polyvalent avec toujours de très bonnes prédispositions pour la descente et un excellent confort. Au niveau du pédalage nous nous sentons beaucoup plus à l’aise et surtout les pédales touchent beaucoup moins. Le fait d’être plus sur l’avant permet de partir à l’assaut de montées bien raides sans forcément poser le pied comme auparavant. Il ne faut cependant pas oublier de travailler en cadence quand nous le pouvons et pourquoi pas réduire la taille du plateau pour pouvoir tirer un peu plus court dans les parties vraiment raides. Dans tous les cas le vélo nous paraît métamorphosé dans ce domaine. Nous avons aussi fait le test de remplacer les roues par des produits moins lourds et là encore c’est un gap immense en termes de dynamisme. En descente, le RZC garde toutes ses aptitudes et bien davantage malgré la pression supérieure. Nous trouvons enfin notre équilibre car le fait d’être plus haut dans le débattement aide à trouver l’appui nécessaire sur la roue avant pour garder le cap. Le RZC est un vélo qui demande clairement un petit bagage technique pour pouvoir s’éclater à son guidon du fait de la longueur de l’avant et l’arrière court. Les pilotes avec un bon coup de guidon pourront se régaler de pouvoir placer le vélo où ils le souhaitent. Il ne faut pas avoir peur de le brusquer car l’homogénéité entre le triangle avant en carbone dynamique et l’arrière plus souple demande parfois de forcer les mouvements.

DR. Jacques André

Au final

Nous devons avouer que la mise en route du RZC ne fut pas des plus concluantes mais en persévérant dans les ajustements nous avons réussi à trouver un compromis intéressant. Le RZC est clairement un vélo pour piloter et se régaler sur des trails descendants. Il offre un confort impressionnant pour un vélo de ce gabarit. La géométrie couplée à la cinématique de suspension confère au RZC un caractère singulier et terriblement attachant. Nous ne pouvons nous empêcher de le comparer au Norco Optic que nous avons testé il n’y a pas si longtemps. Ils utilisent les mêmes matériaux et les mêmes débattements avec un prix comparable. Le RZC est plus tolérant avec un grip supérieur, mais il est moins rapide et moins tourné vers la performance. Le RZC est un vélo agréable, mais nous nous demandons si la version totalement en alu ne serait pas un choix plus judicieux pour avoir un vélo plus homogène et économiser quelques euros pour l’optimiser

Caractéristiques

FICHE TECHNIQUE : Tailles : S, M, L, XL – Modèle d’essai : L – Cadre : carbone et alu – Fourche : Fox 34 Float Performance déport 44 mm – Amortisseur : Fox DPX2 performance – Freins : Shimano SLX 4 pistons, ø203/180 mm – Dérailleur arrière : Shimano XT12v – Pédalier : FSA Gradient 175mm, 32 dts – Commande : Sram Eagle NX, 12v – Cassette : Shimano SLX 11-51, 12v – Roues : Jante Marin 29mm alu ; moyeux Shimano Deore. – Pneus : av Maxxis Minion DHF Maxx terra Exo+, 29×2.5 ; ar Maxxis Minion DHR Maxx terra Exo+, 29×2.4 – Potence : Marin, 35 mm – Cintre : Deity Skyline , 787 mm – Tige de selle : X fusion Manic, 150mm , ø 30,9 mm – Selle : Marin Trail Speed concept pro – GEOMETRIE taille L : Tube supérieur : 632,5 mm – Tube de selle : 425 mm – Angle de direction : 65,5° – Angle de tube de selle : 76° – Bases : 425 mm – Empattement total : 1213 mm – Hauteur de boîtier : 340 mm – Reach : 480 mm – Stack : 612 mm.

Distributeur : Marin France, Contact : www.marinbikes.com

Notes

Rendement : 2,5

Confort : 4

Maniabilité : 4

Stabilité : 3

Prix/Equipement : 3

TOTAL ;13,2/20

On aime : Une géométrie moderne efficace en descente • Confortable dans les terrains cassants • Conception simple et éprouvée

On regrette :  Manque de progressivité de la suspension arrière • Détails des finitions • Le poids du train roulant • Manque de dynamisme