Home ESSAIS Canyon Neuron CF 9.0 SL : A l’aise partout

Canyon Neuron CF 9.0 SL : A l’aise partout

Quand le temps est venu de mettre à jour un modèle fort dans une gamme, les ingénieurs y vont forcément avec d’infimes précautions. Pour le Neuron CF, Canyon s’y est repris à deux fois pour ne pas faire d’impair, et voici le résultat.

DR. M. Greber

Prix : 3699 € | Poids 12,86* kg en taille M | Débattement. av. : 130 mm | Déb. ar. : 130 mm / Pratique : rando-sport, vallonné, plaine  *données constructeur

Celui que l’on nommait autrefois Nerve, et qui a changé de nom il y a peu pour devenir Neuro, est un vélo important dans la gamme de l’Allemand Canyon. En effet, il représente une bonne partie de ses ventes sur l’ensemble de ses marchés. Alors quand est venu le temps de le faire évoluer, il a fallu y réfléchir à deux fois. La première étape, nous l’avons vécue lors du dernier Roc d’Azur avec un saupoudrage esthétique de la version aluminium. Un restyling qui lui permet d’entrer dans la nouvelle physionomie des Canyon modernes. Pour autant, rien de bien transcendant : un tube de selle et un tube supérieur retravaillés, et le tour est joué. La seconde étape est plus intéressante puisqu’elle consiste à lui donner une déclinaison carbone de son cadre. Et là c’est une tout autre histoire et celle-là est bien plus excitante…

Le constat que l’on fait depuis plusieurs mois, et les ingénieurs de Canyon aussi, c’est que les VTT dits « à tout à faire », ou trail bike c’est comme vous voulez, deviennent de plus en plus agressifs dans leur approche de la forêt. Limite, on pourrait les envoyer sur des pistes d’enduro, qu’ils pourraient s’y défendre avec les honneurs. Eh bien pour le nouveau Neuro CF, la marque a décidé de ne pas succomber à cette mode, pour conserver l’ADN qui a fait le succès du Nerve/Neuron : la polyvalence et la facilité de prise en main. Ce vélo doit s’adapter au plus grand nombre, au point d’en faire un produit qui doit permettre de faire de l’itinérance à son guidon. Pour cela, le Neuron CF est un bon mixage entre un Lux et un Spectral. Cela se retrouve d’ailleurs dès la découverte des premiers traits du cadre. Difficile d’ignorer la filiation. On retrouve le dessin inauguré sur les modèles de la marques fin 2017, tout comme l’idée d’avoir un amortisseur dans l’axe du tube supérieur et dans la continuité des haubans, qu’il pique au Lux, afin de gagner en sensibilité mais aussi afin de libérer de l’espace dans le triangle avant, de quoi mettre un porte-bidon. Le choix de roues en 29 » a été une évidence dès la création du vélo. Une « véritable assistance au pilotage » diront les ingénieurs maison, mais que seuls les plus grands d’entre nous pourront profiter. En effet, si les tailles M, L et XL en seront pourvues, le Neuron CF sera uniquement disponible en 27.5 » pour les tailles XS et S malgré la présence d’une fourche 29 ». Si à demi mot les ingénieurs confirment la difficulté de dessiner un petit cadre pour ces grandes roues, ils affirment avoir fait en sorte que le pilotage ne soit pas pénalisé avec les roues de 27.5 ». Pour cela, les tailles XS et S sont équipées d’une fourche pour roues de 29 » comme le reste de la gamme, avec un offset de 51 mm, associé à un angle de direction de 67° (contre 67,5° sur les autres tailles). Cela donnerait un rapport au sol (trail) de 95 mm contre 99 mm pour les autres tailles qui, combiné à un cintre de largeur inférieur (740 contre 760 mm), permettrait d’avoir les même sensations de pilotage que sur les autres tailles. Bon… pourquoi pas. En attendant, cela montre que les ingénieurs ont dû bien réfléchir lors de la conception de ce vélo, à moins que ce ne soit le service marketing… Il en va d’ailleurs de même pour la largeur du tube diagonal qui est plus grande sur les grands cadres, ou encore le ratio de compression de la suspension et la gestion hydraulique de l’amortisseur qui ne sont pas les mêmes sur les petits tailles, qui sont supposés être pour des personnes plus légères, etc… En résumé, quelle que soit la taille, les sensations de pilotage doivent être les mêmes pour tous !

S’approprier des solutions techniques

Le Neuron CF, à deux exceptions près, ne fait pas dans l’originalité puisqu’il reprend la plupart des solutions techniques vues sur les derniers arrivés. En même temps, quand ça marche, pourquoi s’en priver. On retrouve donc le fameux blocage de direction pour éviter le contact entre les commandes de changement de vitesses et le tube supérieur en cas de tournage involontaire de guidon sur une chute par exemple. Ici aussi, les roulements sont traités avec le plus grand égard avec un double joint, ou encore un double de présence lorsque c’est nécessaire. Ainsi sur l’axe du pivot principal, on trouvera deux roulements côté transmission, et un seul à l’opposé. Vous en voulez encore ? Le fameux, et très pratique « cable channel » est reconduit sur le Neuron CF. De quoi à la fois protéger le dessous du tube diagonal des projections de pierres, tout en faisant disparaître les gaines dedans et offrir des lignes très pures au vélo sans devoir passer par la galère des passages internes. Dernier point commun, l’axe arrière Quixle de la roue, en entraxe 148×12 mm, qui intègre dans ses entrailles une tirette qui permet un serrage et un desserrage sans outil. Super pratique !

Au chapitre des exceptions, on trouve d’abord la possibilité donnée à ce cadre de recevoir un dérailleur avant (un seul modèle de la gamme sera proposé en double plateau, le 9.0 à 3199 €). La seconde proposition du Neuron CF est elle inutile, mais tellement sympa et ne tient qu’au design. En effet, la forme du pied d’amortisseur, réalisé à partir d’un moule dans lequel est injecté des fibres de plastique, fait en sorte qu’elle vient épouser le haut des haubans qui au fur et à mesure de l’enfoncement de la suspensions, conserve l’impression que les haubans restent parfaitement alignés avec le triangle avant. Pour ce nouveau venu, Canyon a donc choisi un cadre full carbone, comprenez que le triangle avant et le triangle arrière sont réalisés dans ce matériau. Les ingénieurs n’ont pas envisagé un arrière en alu, comme cela se fait chez d’autres marques, histoire de faire baisser les coûts. Ici, Canyon fait le pari de pouvoir proposer un full carbone dès 2700 €, et ne pas faire de concession. Une démarche déjà vue en début d’année sur le Lux, un modèle disponible qu’en carbone. Côté suspensions, on ne change pas une équipe qui gagne. Aussi c’est sans surprise que l’on retrouve un parallélogramme déformable avec une suspension qui demande pas loin de 28 % de précontrainte. Pour vous donner une idée pour un pilote de 78 kg, nous sommes sur une base de 200 psi. Une pression qui paraît élevée et pourtant, la sensibilité de la suspension arrière est bien là. Passée la première phase de l’enfoncement de la suspension sous le poids du pilote, elle se durcit ensuite pour conserver une stabilité et offrir une bonne réponse à la pédale. Enfin, elle devient encore plus progressive en fin de course, pour n’atteindre les 130 mm qu’en cas de nécessité et tout en douceur. Mais passons plutôt à la pratique !

Vos papiers s’il vous plaît !

Avec ce modèle, Canyon a clairement voulu agrandir le champ d’action du Neuron, et élargir son panel de consommateurs au passage. Et cela s’en ressent dès le départ par la position sur le vélo. Tel quel, le torse du pilote est clairement relevé, un critère qui laisse suggérer l’intention cyclotouriste du vélo. Pour autant, celui qui cherche à avoir un tempérament plus compétition à son guidon peut trouver chaussure à son pied. En effet, en plaçant la potence au plus bas, et en l’inversant, il pourra plus facilement charger l’avant. Ce sera un plus en côte, où vous pourrez plaquer plus facilement la roue avant au sol. Ce sera aussi un avantage dans la pente, où vous pourrez charger plus facilement la proue dans les virages, pour des passages en courbe plus agressifs. Autant vous dire que c’est ce que nous avons fait. Pourtant, il nous manque encore une chose pour que la position soit parfaite : une potence un peu plus courte, pour gagner en réactivité sur la direction. Genre, un voire deux centimètres de moins. Reste que pour un pilote de 71cm de sortie de tige de selle, le taille M sera un poil juste. Non pas que la longueur de tube supérieur soit trop longue, non, elle est parfaite. D’ailleurs son reach est clairement bon. Non, ce sera sur la hauteur que cela pourra poser problème. En effet, lorsque la selle sera placée à 70,5 cm du boîtier de pédalier, la tige de selle sera au taquet. Impossible de la descendre plus bas. Il faudra donc bien faire attention au choix de votre taille de cadre (surtout si vous voulez profiter des roues de 29 ») lors de l’achat de votre vélo.

Allez, pour continuer dans les réglages, encore deux choses. La première, sur la fourche. La Fox Float 34, qui est certainement un des meilleurs produits sur ce segment, mériterait ici une cale de plus dans sa chambre d’air. D’origine, elle n’en compte qu’une. Or pour s’accorder au mieux à la cinématique de la suspension arrière, plus de résistance en fin de course serait bien appréciée. La seconde est à mettre au compte d’un accessoire, en l’occurrence le porte-bidon. Notre modèle disposait du produit maison lancé l’année dernière. Sur le papier, l’insertion latérale est parfaite pour ce cadre. Sauf que le porte-bidon n’est pas assez profond pour faciliter l’insertion du bidon de 750 ml, et il arrive qu’en cherchant la bonne position, on en vienne à toucher l’amortisseur… Et à modifier le réglage de la compression basse vitesse, passant du mode ouvert au mode intermédiaire. Pas cool, surtout si vous êtes amenés à vous lancer à corps perdu dans une descente. Bon, je vous rassure, la réactivité de l’amortisseur sur les chocs fait que vous ne serez pas désarçonné, mais sur le principe, ce n’est pas top.

Des défauts vite oubliés

DR. M. Greber

Le Neuron CF est un vélo qui a su prendre le meilleur de ses frères. En côte, sa suspension s’apparente à celle du Lux, c’est-à-dire qu’elle distille une motricité de tous les instants même en mode amortisseur ouvert, où le pompage est clairement contrôlé. Le seul moment où le mode intermédiaire, Trail, est de circonstance, c’est vraiment quand le pourcentage devient important. Dans ce cas, il permet de remonter la suspension arrière, donc à déplacer votre corps plus vers l’avant. Cela vous donnera plus de puissance pour pédaler, mais aussi limitera le levé de la roue avant. En descente, en baissant la selle, le Neuron CF est impérial. Il reprend l’ADN du Spectral, avec en plus, le bonus des roues de 29 ». Avec la cale ajoutée dans la chambre d’air de la fourche, le vélo conserve une superbe assiette entre l’avant et l’arrière, malgré les chocs répétés, et permet alors de jouer avec le terrain avec une facilité déconcertante. Et c’est d’autant plus sympa que le vélo relance bien dans ces conditions. Une sorte de « Wouap » qui vous donne la banane. Le passage en force est d’autant plus bien apprécié que le train roulant le permet. Les roues Reynolds, déjà testées sur le Lux, impressionnent toujours autant par leur dynamisme et leur solidité. On peut alors jouer sur les appuis, pomper sur les pédales, pour le faire ressortir des virages encore plus vite, au point de vous gratifier d’un wheeling en fin de courbe superbement facile à réaliser, et qui vous permettra de vous placer aisément dans le virage suivant. Le vélo est très stable, avec un avant long, de l’angle et un boîtier bas. Voilà de quoi s’inscrire dans les courbes en toute sécurité, sans débauche d’énergie. On se surprend parfois à balancer le vélo pour passer en force dans le virage, plutôt que d’enrouler comme on pourrait le faire en mode détente, tant il donne envie de rouler. Des caractéristiques bienvenues en descente, moins dans le lent. Et pourtant… Le cintre en 760 mm facilite le mouvement de la direction lui permettant d’être manoeuvrable à basse vitesse, au point de le faire tourner dans un mouchoir de poche. Comme quoi !

Les limites de ce Neuron CF ? Ne vous attendez pas à ce qu’il accélère comme le Lux. Malgré un train de roues qui nous avait séduit sur le crosseur de la marque, ici, il ne peut compenser la personnalité de la suspension donnée par les ingénieurs au Neuron CF, ni même celle du cadre notamment au niveau du boîtier et sa jonction du bras arrière. Le vélo est fait pour durer, durer dans le temps, durer sur les longues sorties que vous pourrez faire à son guidon, et à ce jeu, le Neuron CF est une réussite. Mais là où ce vélo impressionne le plus, c’est sur sa capacité à se transformer. Comprenez qu’il pourra être un pur produit de rando, tout en pouvant se muter en une bête bien vivante en descente ou dans les passages techniques abordés avec agressivité. De quoi contenter un large public, qui comme à chaque fois, pourra profiter des prix très placés sur ce modèle. Nul doute qu’il devrait rencontrer le succès qu’il mérite.

Caractéristiques

FICHE TECHNIQUETailles : XS, S, M, L, XL – Modèle d’essai : M – Cadre : Carbone – Fourche : Fox Float 34 Performance Elite – Amortisseur : Fox Float Evol – Freins : Sram Guide R, ø180/160 mm – Dérailleur arrière : Sram X01 Eagle – Pédalier : Truvativ Stylo 7K, 30 dents – Commande : Sram X01 Eagle – Cassette : Sram XG-1299, 10-50 dents – Roues : Reynolds TR309 – Pneus : Maxxis Forekaster , 29.5×2.3 – Potence : Canyon V12, 60 mm – Cintre : Canyon H13, 760 mm – Tige de selle : Fox Transfer Performance Elite, 150 mm, ø30 ,9 mm – Selle : Iridium Trail – GEOMETRIE taille M : Tube supérieur : 605 mm – Tube de selle : 445 mm – Angle de direction : 67,5° – Angle de tube de selle : 74,5° – Bases : 440 mm – Empattement total : 1 166 mm – Hauteur de boîtier : nc – Reach : 433 mm – Stack : 613 mm *données constructeur

Distributeur : Canyon, Contact : www.canyon.com

RENDEMENT

CONFORT

MANIABILITE

STABILITE

PRIX/EQUIPEMENT

On aimeFacile à prendre en main • Prix très serré • Capacité à rouler vite dans la pente • Qualité du train roulant

On regrettePas de 29 » en petites tailles • Le porte-bidon optionnel mal conçu • Potence longue