Yeti SB Turq 100 XX1: Que reste-t-il aux gros (débattements) ?

Encore un Yeti dans les colonnes de Vélo tout Terrain ? Eh oui ! Il faut dire que l’actualité de la marque américaine est particulièrement chargée cette année. L’ensemble de la gamme change. C’est maintenant au tour de son VTT de cross-country d’adopter la nouvelle physionomie inspirée par les SB 150 et SB130, mais avec cette fois deux subtilités : un positionnement du Switch Infinity revu et une géométrie diabolique.

DR. N. Le Carré

Prix : 8 550 € | Poids : 11,65 kg | Débattement av. : 120 mm ; ar. : 100 mm / Pratique : rando-sport, compétition, vallonné, montagne.

Sérieusement, ce vélo est une folie. Oh oui je vous vois venir tout de suite avec le prix de vente de l’engin… C’est clair, un Yeti est un produit cher, et ce SB100, qui plus est présenté ici dans sa version la plus ultime, ne fait pas exception. Son prix d’attaque laisse songeur : 5900 € en montage Sram GX et avec un cadre réalisé dans un carbone moins noble qui affiche pourtant seulement 300 g de plus. Mais ce n’est pas là que la folie s’exprime le plus, c’est sur le terrain. Dans le monde de la voiture d’exception, on a coutume de dire : « Quand tu y fous le cul, tu es foutu », eh bien cette maxime peut tout à fait s’appliquer au SB100 tant il est difficile de revenir en arrière une fois qu’on y a goûté. Son secret ? Une géométrie canon, une gestion de la cinématique de suspension à faire pâlir tout ce qui existe, et une dose de souplesse dans le cadre qui lui permet d’être pilotable par tout le monde.

Ce qu’il faut retenir de ce nouveau SB100 est un angle de direction relativement ouvert pour un XC puisqu’il pointe à 68°, que tous les modèles disposent d’une fourche en 120 mm de débattement pour 100 à l’arrière, que le tube supérieur s’est allongé et que le bras arrière du vélo laisse suffisamment de place pour monter des pneumatiques larges. Voilà des faits qui laissent douter du potentiel de crosseur compétiteur, mais attendez avant de faire une conclusion trop hâtive. Le poids du cadre n’est pas non plus ce qui se fait de plus léger. Yeti annonce environ 2,5 kg avec l’amortisseur, et dans sa finition Turq. C’est bien, mais on a vu mieux. Mais on l’a déjà dit souvent, ce qui compte ce sont les sensations, or là côté dynamisme et relance, le SB100 paraît un bon kilo de moins. Alors bien sûr vous pourriez me dire que cette Fox SC34 en 120 mm n’a rien à faire sur un tel vélo et qu’une Fox SC32 en 100 mm aurait permis de gagner de précieux grammes. Sur le papier vous avez raison, mais vous perdrez alors tout l’avantage de rouler ce SB100, notamment vu la tendance à proposer des circuits de plus en plus techniques de cross-country. Mais pour vous rassurer, si vous avez peur de perdre l’esprit sportif au guidon du SB100, croyez-moi, il est bien au rendez-vous !

Du côté du cadre, le SB100 reprend en grande partie les lignes que Yeti a lancé l’année dernière, à ceci près qu’ici le tube supérieur est particulièrement abaissé avec l’arrière et que l’amortisseur vient se fixer sous ce tube. De quoi libérer pas mal d’espace au centre du triangle avant et avec ce sloping très prononcé, lui donner un air encore plus racé. Le triangle arrière n’est pas en reste, puisqu’il est considérablement élargi (merci le passage au Boost 148) qui permet de recevoir un pneu jusque 2.4 » de large !

Le principal changement sur ce vélo ne se voit pas, et pour cause, il est complètement caché, le Swtich Infinity a été déplacé. Concrètement, il a été déplacé à 90° par rapport au reste de la gamme Yeti. A cela plusieurs raisons. La première est la nécessite de proposer un vélo capable de pouvoir monter un porte-bidon à l’intérieur du triangle avant (l’option sous le tube diagonal va un temps, mais quand vous en aurez assez de bouffer de la boue à chaque gorgée, il vous passera vite l’idée de vous en servir…). La seconde raison est tout aussi évidente : désormais le tube de selle est complètement exploitable pour pouvoir y insérer une tige de selle télescopique, or avec le méga sloping du cadre, il fallait de la place pour y intégrer une 150 mm par exemple. Enfin, cela a permis aux ingénieurs de dessiner un bras arrière beaucoup plus court que son remplaçant. Le SB100 affiche des bases en 438 mm, un sacré progrès quand on sait que l’on est sur la même dimension que le SB4.5c (qu’il fait disparaître du catalogue au passage) alors que ce dernier ne peut pas recevoir de porte-bidon faute de place…

DR. N. Le Carré

D’ailleurs au passage, Yeti ne s’est pas contenté de juste modifier la position du Switch Infinity, il l’a aussi allégée. Si on le compare au reste de la gamme, le diamètre des tubes sur lequel coulisse l’axe principal a diminué de 5 mm sur le SB100, tandis que le support forgé, disposant toujours de graisseurs, est beaucoup plus petit. Vu l’emplacement et le positionnement du Switch Infinity juste au pied du tube de selle, il est aux premiers rangs pour se faire repeindre de boue à la première pluie venue. C’est pourquoi, il est protégé par une plaque de protection clipsée sur les axes sur Switch Infinity. Pour le reste, il s’agit toujours du même concept, à savoir un pivot flottant. Pour ceux qui ne seraient pas encore familiarisés avec ce système, voici le principe. Sur le début de sa course, le point de pivot se déplace sur les tubes vers le haut, ce qui va permettre à l’axe de la roue arrière de partir vers l’arrière et donc fournir une efficacité de pédalage optimale. Ensuite, à mesure que la roue arrière entre dans son débattement, le point se déplace vers le bas afin réduire la tension de la chaîne. La suspension est alors apte à faire face aux gros chocs. Forcément sur le SB100 le concept a été adapté au cross-country avec un ratio de compression qui évolue différemment de la suspension de ses grands frères.

En route vers le Nirvana

La première chose qui saute au yeux, c’est que le SB100 taille petit. Sur ce cadre en M, mon 1,71 m (je tiens au petit 1 cm) est parfaitement posé, là où généralement je suis plutôt sur la tranche basse sur cette taille. Côté réglages de suspension, la fourche Fox SC34 demande d’ajouter quelques cales pour s’accorder à l’arrière, surtout en fin de course. En l’occurrence, nous sommes passés de deux initialement installées à quatre cales. A l’arrière, les ingénieurs ne sont pas trompés, c’est avec un peu plus de 30% de précontrainte que le SB100 livre tout son savoir-faire : nous étions à 15 mm de course (pilote de 75 kg). Voilà de quoi dérouter des crosseurs plus enclins à mettre 20% de précontrainte, mais croyez-nous, la cinématique le permet. Pour vous dire, nous n’avons jamais pensé à utiliser le blocage de suspension, juste tout au plus j’ai mis le curseur de réglage de la compression basse vitesse sur 2 pour conserver la douce lecture du terrain, sans perdre en efficacité au pédalage. On est alors bien loin des coups de butoir générés par le moindre caillou, ici tout est ouaté ! La motricité est surprenante à tous les étages et ça déboite sévère à chaque coup de jarret. Et puis forcément, avec un poids qui reste très raisonnable, il séduit dès qu’il s’agit de grimper un raidard à vitesse grand V. Le vélo est d’une stabilité impressionnante, même dans les virages serrés dans la côte. Et surtout il impressionne par sa capacité à absorber tout se qui passe sous sa roue arrière, mordant, que dis-je, dévorant chaque racine qui se met en travers de son chemin. Une motricité qui ne se fait pas pour autant au sacrifice d’une tension de chaîne trop importante qui pourrait induire des réactions néfastes dans les jambes, et ça c’est plutôt bien !

Le secret de cette maniabilité du train avant ? L’offset de fourche est en 44 mm ! Avec un vélo plus long, et doté d’une direction plus ouverte, comme c’est le cas sur le SB100, on gagne en stabilité mais généralement le comportement de la direction a tendance à être lourd, puis de se refermer très vite dès que vous avez passé un certain angle de braquage. Là avec 44 mm d’offset, quand généralement en 29 pouces on est à 51 mm, on rattrape tout ça. Un choix qui a été mis en avant par Transition, et repris depuis par Specialized notamment sur son Epic, mais aussi chez BMC sur son nouveau Fourstroke.

La suspension arrière ? Très sensible en début de course, elle est de plus en plus progressive au fur et à mesure qu’elle entre dans son débattement, à notre avis un peu de trop d’ailleurs. En effet, même avec un peu plus de 30% de précontrainte, et en ayant vraiment utilisé ce vélo comme un vrai vélo à tout faire, au point de l’embarquer sur des traces d’enduro avec sauts et autres passages techniques (où il s’en est sorti avec brio), nous avons vraiment eu du mal à l’emmener au bout de ses 100 mm. Mais autrement, quel bonheur ! Un bonheur d’autant plus partagé que le cadre du SB100 est très conciliant. Pas besoin d’une débauche d’énergie pour placer le vélo. Il est tolérant. Mieux, la flexion latérale de la jonction entre les deux triangles qui peut surprendre sur un parking, tant elle paraît souple, fait miracle. Un choix volontaire sur les nouveaux Yeti (le SB150 répond au même cahier des charges sur ce point) et qui se traduit par un vélo qui garde sa ligne dans les courbes sans vous balloter de gauche à droite, et qui délivre une tolérance incroyable dans les changements d’appuis, ou de direction. Le vélo est facile, quel que soit votre niveau de pilotage, ou votre niveau de forme. Pas besoin de faire de la muscu pour le tenir sur sa ligne, il vit avec le terrain, faisant de son mieux pour vous le rendre le plus lisse et le moins vicieux possible. Le résultat est là : les Kom tombent les uns après les autres sur des segments que vous pensiez imprenables, d’autant que la plupart sont obtenus dans des portions de descentes bien techniques. Quand on vous dit que le cross-country est entré dans une nouvelle ère ! Que reste-t-il aux VTT à plus gros débattement, en tout cas, avec ce SB100, pas grand-chose !

Caractéristiques

FICHE TECHNIQUE : Tailles : S, M, L, XL – Modèle d’essai : M – Cadre : Carbone Turq – Fourche : Fox Float SC34 Factory – Amortisseur : Fox Flaot DPS Evol Factory – Freins : Sram Level Ultimate, ø180/160 mm – Dérailleur arrière : Sram XX1 Eagle – Pédalier : Sram XX0, 30 dents – Commande : Sram XX1 Eagle – Cassette : Sram XG-1299, 10-50 dents – Roues : DT Swiss XM1501 – Pneus : av. : Maxxis Minion DHF Exo, 29.5×2.3 ; Ar. : Maxxis Agressor EXO, 29×2.3 – Potence : RaceFace Turbine, 55mm – Cintre : Yeti carbon , 760 mm – Tige de selle : Fox Transfer Factory 150 mm, ø30.9 mm -Selle : Ergon SME3 Custom – GEOMETRIE taille M : Tube supérieur : 605 mm – Tube de selle : 425 mm – Angle de direction : 68° – Angle de tube de selle : 74° – Bases : 438 mm – Empattement total : 1 155 mm – Hauteur de boîtier : 333 mm – Reach : 433 mm – Stack : 623 mm.

Distributeur : Tribe Sport Group, Contact : www.tribesportgroup.com

RENDEMENT
CONFORT
MANIABILITE
STABILITE
PRIX/EQUIPEMENT

On aime : Vivacité • Motricité • Confort • Rendement et quelle facilité de pilotage ! • Une vraie gueule • Vous fait dépasser vos limites en toute sécurité

On regrette : Système Switch pas complètement protégé • Roues à fixation de disque CenterLock