Home ESSAIS Orange Switch 6 RS : La simplicité revisitée

Orange Switch 6 RS : La simplicité revisitée

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Orange lance pour cette année le Switch 6, une machine qui mixe les tailles de roues. Une idée pas si originale sur le segment des VAE mais qui l’est beaucoup plus sur un vélo classique. Nous vous donnons notre avis sur ce nouveau venu qui couple une construction au look unique avec des roues de tailles différentes.

DR. J. André

Prix : 6120 € | 14 kg taille M ; roues 4,030 kg | Déb. av . : 160 mm | Déb. ar. : 145 mm / Pratique : rando/all-mountain, enduro

Orange est une marque anglaise qui tient le cap depuis la fin des années 80. Les plus anciens se souviendront des grands moments de la descente des années 90/2000 où des pilotes de renom tels que Steve Peat ou Greg Minnaar faisaient briller les couleurs de cette marque sur les plus hautes marches des podiums de Coupe du monde. Mais la plus grande force d’Orange est sa volonté permanente de proposer des vélos simples et fonctionnels. La marque basée à Halifax a développé son propre outil de production et tous les cadres Orange sont fabriqués entièrement en Angleterre. Le Switch 6, nouveauté 2020, utilise toujours ce même procédé de fabrication, lui conférant un look si singulier aux antipodes des productions actuelles. En plus d’avoir un processus de fabrication bien particulier, l’autre spécificité du Switch 6 est sa cinématique. Orange reste fidèle au bon vieux mono-pivot qu’il a su retravailler au fil des années pour le bonifier et l’adapter aux amortisseurs du marché. Nous devons avouer que pour les novices, voir un cadre tel que le Switch 6 peut totalement surprendre : un look massif avec des lignes singulières qui ne sont pas forcément les plus gracieuses. Il est nécessaire d’avoir une certaine culture VTT pour pouvoir apprécier ce type de dessin.

Pourquoi un tel design ?

La réponse est simple : avoir un vélo le plus fiable possible pour passer un maximum de temps sur les sentiers. Le Switch 6 est totalement dans cette philosophie. Le cadre, entièrement en aluminium, est massif, mais finalement assez léger pour le segment. Nous avons comparé le poids du vélo complet et nous sommes dans la même fourchette que des vélos entièrement en composite. Le triangle arrière de type banane permet d’avoir un dégagement incroyable pour le pneu. Au niveau de la chaîne, aucun frottement en vue avec ce type de design. La suspension est dépouillée de tout superflu avec seulement un pivot principal avec deux roulements. Le Switch 6 est l’outil idéal pour les sorties boueuses. Nous pouvons noter que l’ensemble des gaines est intégré, une petite surprise car nous aurions pu imaginer de l’externe pour la commodité que cela apporte s’il est nécessaire de faire une intervention rapide vu la philosophie du cadre.

L’autre surprise de taille est à mettre au compte de la géométrie. Le Switch 6 est disponible uniquement en taille M/L/XL. Attention, la géométrie du taille M ressemble sur le papier à un taille L chez les marques généralistes. Nous avons un vélo avec un empattement géant de 1250 mm avec un reach de 470 mm, un angle de direction de 64° et des bases de plus de 450 mm. Nous devons avouer qu’Orange fait un pari osé pour une telle machine. Au niveau du débattement, nous avons 145 mm à la roue arrière et 160 mm à la roue avant. Le montage de notre vélo test est le kit RockShox. Les composants ne souffrent d’aucune fausse note si ce n’est sûrement le prix final… Si nous le souhaitons, nous pouvons choisir entre quatre couleurs de cadre et trois kits d’autocollants. Le Switch 6 est aussi disponible dans d’autres versions plus ou moins luxueuses avec un tarif de base de 2500 euros pour le kit cadre avec amortisseur. Nous pouvons penser que ce n’est pas si bon marché que cela, mais Orange est une petite marque avec un volume d’achat moins important que les majors du secteur. Le prix d’un vélo complet n’est peut-être pas le plus compétitif du marché, mais ce qui est sûr c’est que la qualité est bien là.

Il y a le parking, et le terrain

Une fois sorti du carton, nous ne pouvons que constater que le Switch 6 est un géant pour la catégorie. Nous commençons le test avec les recommandations classiques pour ce type de machine, à savoir 30 % de précontrainte à l’avant comme à l’arrière. Une fois enfourché, nous trouvons vite nos repères et l’impression d’avoir un vélo immense a totalement disparu. Nous avons identifié plusieurs paramètres pour expliquer cela. Le Switch est équipé d’une potence de 35 mm avec un déport de fourche de 44 mm et une douille de direction courte. Le tube de selle est continu avec un angle de 76°. Le point de pivot principal de la suspension arrière est placé sous le centre de gravité du pilote juste au-dessus du boîtier de pédalier. Nous avons un centre instantané de rotation du système idéalement placé quel que soit le débattement utilisé. L’évolution du ratio de suspension linéaire et constant, offre beaucoup de stabilité en début de course car il est assez faible dans la plage d’utilisation au moment de pédaler. Nous avons finalement un vélo certes long sur le papier, mais sur le terrain il paraît beaucoup plus abordable. Nous avons rapidement trouvé notre place surtout pour grimper. Le Switch 6 offre une très bonne stabilité et nous grimpons partout où nous souhaitons avec une extrême sérénité. Plus la pente est forte et plus nous nous trouvons à notre aise. L’angle de fourche ouvert et la roue de 29″ avalent les obstacles et la position du buste et des jambes bien droit permet de passer les watts sur les pédales. La longueur des bases a aussi son intérêt dans ce type de situation car le Switch 6 ne cabre jamais quand il s’agit d’affronter la pente raide même avec la roue de 27.5″. La petite roue permet à faible vitesse de reprendre rapidement la bonne cadence pour ne pas caler et garder la motricité. Nous ne pensions pas trouver autant de polyvalence dans les côtes avec ce type de machine, mais il faut reconnaître que ce vélo cache bien son jeu. Il est capable de rivaliser avec des bons vélos d’all mountain. Nous avons d’ailleurs fait des randonnées avec le Switch 6 sans jamais avoir l’impression d’avoir un vélo vraiment trop gros pour le type de circuit. Il ne s’agit pas du vélo le plus rapide pour ce type de situation, mais il est économe et confortable.

Si le terrain est un peu plus sinueux, il faut être capable de garder un filet de vitesse pour ne pas avoir à toujours relancer la machine sous peine de brûler quelques cartouches. Le Switch 6 est un vélo qui se pilote. Au niveau de la conservation de vitesse, il est correct bien que la suspension ait tendance à consommer rapidement du débattement. Nous avons rapidement joué des réglages pour trouver un meilleur compromis. Nous avons ajouté des cales dans le ressort positif (3 au lieu de 1 en série) et nous avons ajusté la course morte autour de 25 % avec le réglage de basse vitesse vissé en milieu de plage. Dans cette configuration, le vélo devient plus vif et nous pouvons plus facilement jouer avec le terrain pour garder le minimum de vitesse requise pour faire tourner le vélo et sauter par-dessus les obstacles. En descente le vélo est un véritable rail, nous avons tendance à prendre les lignes les plus tendues et droites possibles pour garder le rythme. Le cadre offre un comportement sain au niveau de la rigidité car il n’est ni trop raide ni trop souple. Nous attirons votre attention sur le fait qu’il ne faut pas négliger l’usure des bagues de l’amortisseur car celles-ci ont tendance à encaisser plus que sur un système avec biellettes. Nous avons vu certain montage de vélo Orange avec des roulements au lieu des traditionnelles buselures pour garantir une meilleure longévité mais aussi une meilleure motricité du fait des plus faibles frictions.


Le Switch paraît monstrueux sur le papier, mais sur le terrain la magie opère et on oublie le gabarit du vélo tellement il se montre agile

Le Switch 6 est à son aise dans les descentes rapides mais aussi quand il faut tournicoter grâce à la roue de 27,5″ à l’arrière. Nous avons été surpris par la facilité qu’apporte cette taille de roue sur des changements d’angle. Le Switch 6 aime par-dessus tout la pente et les terrains meubles, c’est dans ce type de situation que l’on tire le meilleur de ce vélo. Il permet de se sentir en confiance du fait de son empattement tout en changeant de cap très facilement avec la roue arrière plus petite et l’effet de frein marqué qui vient compresser la suspension. Dans le cassant il faut être un peu plus fin dans son pilotage pour trouver les zones de freinage appropriées et laisser travailler la suspension qui a parfois du mal à encaisser les impacts à haute vitesse comparé à des suspensions plus progressives.

DR. J. André

Finalement, le Switch 6 est une belle surprise car il confirme que le choix de mixer les tailles de roues peut être une solution pertinente pour une utilisation engagée. Nous pouvons ainsi faire cohabiter stabilité et maniabilité avec une géométrie des plus extrêmes qui soit totalement utilisable pour une pratique autre que la descente pure. Le Switch 6 est encore un des rares vélos à proposer cette solution que nous avons adorée. Nous avons aussi été sensibles au fait que ce vélo est terriblement simple à utiliser et demande peu d’entretien. Nous pouvons cependant regretter de ne pas avoir de porte-bidon pour une utilisation de tous les jours. D’un point de vue plus personnel, le Switch demande une certaine expérience pour maîtriser l’effet du frein arrière surtout sur une suspension aussi linéaire. Au niveau de l’amortisseur, il est primordial d’accorder un peu de temps aux réglages pour trouver le bon compris suivant les terrains. Nous avons profité de ce vélo pour tester le kit Megneg Rock shox pour l’amortisseur Superdeluxe qui permet d’ajuster plus aisément ce vélo à son type de pilotage.

Caractéristiques

FICHE TECHNIQUE

Tailles : M, L, XL

Modèle d’essai : M

Cadre : cadre alu monocoque 6061

Fourche : RockShox Lyrik Ultimate , déport 37,5 mm

Amortisseur : RockShox Superdeluxe Ultimate

Freins : Shimano XT Trail, ø203/180mm

Dérailleur arrière : Sram XO Eagle

Pédalier : Sram Descendant DUB, carbone, 32 dents

Commande : Sram Eagle GX

Cassette : Sram XG1275, 10-50

Roues : moyeux Hope pro/ jantes E13 TRS 29-27,5 30mm

Pneus : av Maxxis Minion DHF Exo, 29 x 2,50 ; ar. Maxxis Minion DHR Exo, 27,5 x 2,40

Potence : Hope, 35 mm

Cintre : Renthal Flatbar alu 35, 800 mm

Tige de selle : Fox Transfert Elite, 150 mm, ø 31,6 mm

Selle : SDG Radar acier

GEOMETRIE

Taille : M

Tube supérieur : 621 mm

Tube de selle : 430 mm

Angle de direction : 64°

Angle de tube de selle : 76°

Bases : 447 mm

Empattement total : 1250 mm

Hauteur de boîtier : 330 mm

Reach : 467 mm

Stack : 633 mm

Distributeur : Orange , Contact : www.orangebikes.com

On aime : Simplicité du cadre • Facilité d’entretien • La géométrie • Dégagement du bras arrière si on roule dans la boue • Poids du cadre

On regrette : Exigeant dans le cassant • Position du porte-bidon • Prix • Demande un ajustement fin de l’amortisseur arrière

Notes

Rendement : 4

Confort : 3

Maniabilité : 4

Stabilité : 5

Prix/Equipement : 3

TOTAL : 15,2/20