Kona HeiHei Race : Dans la course

Naturellement ce n’est pas forcément chez Kona que l’on irait chercher un VTT de cross-country. Et pourtant, la marque canadienne a depuis plusieurs années pris ce virage. Le HeiHei en est d’ailleurs son plus fidèle représentant. D’ailleurs cette année, il change complètement !

DR B. Lacoste
DR B. Lacoste

[Htab][tab title= »PRIX »]3299€[/tab][tab title= »POIDS »]12,50 kg [/tab][tab title= »DEBATTEMENT »]Déb. av. : 100 mm | Déb. ar. : 100 mm[/tab][tab title= »USAGE »] rando-sport, vallonné, montagne.[/tab][/Htab]

C’est marrant mais comme ça, si on me demande une marque à citer en matière de cross-country, naturellement, ce n’est pas à Kona que je penserais. Et pourtant ce n’est pas faute d’avoir participé au lancement du HeiHei dernière génération il y a quelques années lors d’une mémorable course de 24h, la Old Pueblo du côté de Tucson (Arizona). Et c’est une erreur, car la marque qui a cultivé pendant des années une image freeride-descente, a depuis complètement misé sur les VTT aux roues accrochées au sol. En témoigne cette nouvelle génération du HeiHei qui compte bien se tailler une part du lion sur ce marché déjà bien occupé. Pour se différencier, la marque utilise des ficelles qu’elle maîtrise, comme une cosmétique toujours originale dès que l’on parle de coloris mais aussi de lignes qui semblent intemporelles. Contrairement aux autres marques, Kona n’a pas une approche « carbonistique » sur ses nouveaux modèles. Déjà parce qu’il s’agit d’une petite marque, et que la mise en production d’un cadre carbone coûte cher pour une petite entreprise “familiale”, ensuite parce qu’aujourd’hui l’aluminium que les ingénieurs maison maîtrisent parfaitement (pour rappel, Kona a été l’une des premières marques à démocratiser l’aluminium scandium) offre des qualité en matière de masse et de déformations très intéressante. En effet, sur ce nouveau HeiHei, on notera l’absence de point de pivot à l’arrière du triangle. C’est donc à l’aluminium des haubans que revient la tache de se déformer pour en créer un. On est plus habitué à voir une telle solution sur un produit en carbone, seul Giant s’est aventuré sur ce chemin avec le Stance lancé l’année dernière. Aujourd’hui il semble que plusieurs marques aient été convaincues par cette prouesse technique qui fait qu’en donnant une certaine forme aux haubans, cela leur autorise une déformation sans mettre à mal le matériau. Les ingénieurs sont clairs, la simulation avec un point de pivot classique monté sur roulements ou sur bague téflonnée, a montré que la rotation était à peine 1,5°, autant dire quasiment rien. Autant faire l’économie de poids d’un tel système (Kona annonce un gain de 240 g avec cette nouvelle suspension Fuse Independent Suspension) et jouer sur la déformation du matériau (un alu 6061 allégé aux formes très aplaties et larges sur les haubans). Résultat, le cadre du nouveau HeiHei affiche moins de 1 900 g sur la balance (sans amortisseur), une performance pour la marque, et permet d’avoir moins de perte de rigidité sur le triangle arrière. Au passage, si la suspension reste un traditionnel parallélogramme déformable, elle est désormais beaucoup plus compacte avec un amortisseur plus bas, et une biellette beaucoup plus courte. Cela a également permis d’obtenir un triangle avant beaucoup plus slopping, ce qui participe à abaisser le centre de gravité et donner plus d’agilité au vélo. La suspension arrière développe 100 mm de débattement pour ce vélo en roues de 29 pouces. Normal, c’est un crosseur. A l’avant, 100 mm aussi dans cette version HeiHei Race, car Kona a pensé également au pilote qui aimerait plus de versatilité en déclinant une version Trail. Pas de changement de cadre, juste une fourche avec plus de débat’ (120 mm), donc plus haute et qui permet mathématiquement d’augmenter l’angle de direction qui passe de 69 à 68° (le tube de selle prend lui aussi 1°), et met un peu plus de hauteur à la boîte de pédalier (environ + 5 mm). Mais revenons à notre cadre. La géométrie profite également de ce changement de châssis pour se moderniser sans perdre pour autant l’essence du style Kona. Ainsi, tout en gardant un moyeu au format classique à axe traversant en 142×12 mm, le HeiHei adopte des bases de 430 mm (soit le standard actuellement des cadre en roues en 27.5 ». Pour rappel l’ancien modèle était à 440 mm…). Sympathique pour la maniabilité de l’arrière dans les virolos. A l’avant, on ouvre pour gagner en stabilité ! La direction s’ouvre d’un degré par rapport à l’ancien modèle et le tube supérieur s’allonge un tout petit peu. Voilà qui est de bon augure.

Comme souvent chez Kona, on ne fait pas dans l’extravagance, que ce soit en nombre de déclinaisons ou en prix. Le HeiHei Race (comme le Trail) sera proposé en deux montages : HeiHei Race à 2 499 € en 2×10 vitesses et le HeiHei Race DL, notre version de test, à 3 299 € en 1×11 vitesses. Notez que ces deux modèles ont un point commun : des suspensions RockShox (tout comme le HeiHei Trail), tandis que seul le HeiHei Trail DL est en Fox.

Le HeiHei marque un nouveau point de départ pour Kona en XC

On ne va pas vous le cacher, les pneus montés d’origine sur le vélo, des Maxxis M340 Maxxlite, ont vite été remplacés par de vrais pneus un peu plus pourvus de crampons, des Ikon pour rester chez Maxxis. Une fois cette opération obligatoire à réaliser, on peut profiter de ce nouveau vélo. Finalement, l’allongement du tube supérieur n’est pas si important que ça, et un taille M paraît même court vu la mode à l’étirement. Bizarrement pour un usage purement XC, j’aurais même mis une potence d’un centimètre plus long, surtout que pour être bien dans le déroulé de la jambe, j’ai dû pousser la selle vers l’arrière presque au maximum, une première. Le décalage hauteur de selle par rapport au cintre laisse juste ce qu’il faut de plongée pour bien être dans l’ambiance course. On commence par la pression des suspensions. A l’avant pas de surprise avec cette RockShox Reba avec son réglage de la compression basse vitesse sur le haut qui permet de passer du mode ouvert au mode fermé par pallier. A l’arrière, le RockShox Monarch est soit ouvert, soit fermé. Le problème avec cet amorto, c’est que je n’ai pas de bons souvenirs dans cette configuration (entendez en petit entraxe de 165 mm). Avec son faible volume d’air, son hydraulique perfectible, la suspension linaire du Kona qui repose sur la capacité de l’amortisseur à bien travailler, laisse quelques craintes. Ça n’a pas manqué. Les premiers tours de roues laissent transparaître un manque d’absorption des petits chocs. Les purs crosseurs vont certainement aimer, mais ceux qui espèrent faire de longues distances, un peu moins. Le grip de la roue arrière n’est certes pas aux abonnés absents sur les relances, mais si le pneu passe sur une racine un peu trop proéminente, ou une petite pierre, on arrive à un rippage inévitable. Mais plus encore, la suspension ne paraît pas contrôlée. Ça sautille beaucoup sur le coup de pédale, et il faut réduire la vitesse de la détente pour contrecarrer en partie ce phénomène. C’est surtout le cas, lorsque le rythme de tourner les pédales se fait plus rapide ou sur les petits développements (lorsque l’on mouline). Pour éviter ces soucis, une solution existe (voir encadré « La solution s’appelle Fox ! ») et nous vous invitons fortement à la choisir.

Le HeiHei Race marque une nouvelle génération de crosseur tout-suspendu chez Kona, qui lui permet de se placer enfin en outsider sur ce marché.

Passée cette mise en garde, le prise en main se fait très facilement. La mise en vitesse de roues WTB en 29 pouces ne demande pas une débauche d’énergie. Il s’en tire même plutôt bien. Dans les petits singles, on sent bien que le travail sur la rigidité du cadre et particulièrement sur la liaison avant arrière a porté ses fruits. Il ne se désunit pas, de quoi faciliter la prise d’angle. Car il faut quand même l’inscrire avec force dans les virages, car l’angle de 69° ne l’y aide pas seul. Si la courbe n’est pas trop prononcée, on peut arriver vite dedans, tout en doigt léger sur le frein arrière pour donner un peu de dérive au train arrière, et en inscrivant l’avant avec douceur. Dans les virages qui se referment, c’est une autre histoire. Il ne faut pas hésiter à engager la direction, quitte à donner un bon coup de frein pour faire déraper la roue arrière. Il ne reste alors plus qu’à relancer en sortie de virage. Les relances ne sont pas foudroyantes, mais dès que les grandes roues sont lancées, la vitesse sera de retour. En côte, la roue arrière n’est pas franchement plaquée au sol avec le RockShox. Résultat, il arrive que l’on perde le grip. Heureusement le vélo reste relativement stable tant que vous ne dépassez pas les 18 à 20° de pente. Là, la direction s’allège et vous êtes obligés d’avancer les fesses sur la selle. De quoi délester encore un peu plus la roue arrière, ce qui augmente le risque de ripage. Mais à la limite, de tout ça, on s’y fait. Ce qui n’est pas le cas du plateau en 34 dents franchement pénalisant dans un usage marathon, et sur un 29 pouces dans le vallonné. « On appelle les gros cuissots au départ ! »

Et dans la pente ?

DR A. d iLullo / Kona
DR A. d iLullo / Kona

Une chose est sûre, l’ADN des vélos Kona ne s’est pas perdu, il s’est même bonifié. Malgré les 100 mm à l’avant vite engouffrés (ressort à air pas assez progressif d’origine) dans le programme technique proposé sur les chemins de Serfauss en Autriche où s’est déroulé le test, le vélo reste impérial de stabilité tout en offrant une dose de maniabilité surprenante. Le sloping prononcé du cadre permet de bien bouger autour du vélo, même avec la selle haute, et le fait d’avoir le centre de gravité relativement bas, permet de descendre presque sans gros bagage technique. Les plus téméraires arriveront même à suivre les gars en HeiHei Trail, mieux pourvu de l’avant, et avec une suspension arrière plus onctueuse, mais ce sera au prix de quelques acrobaties bien contrôlées. Merci le bon compromis entre la rigidité du cadre et la relative souplesse de roues.

Pour qui ?

Avec l’amortisseur RockShox, précision importante, le HeiHei Race s’adresse à des pilotes pour qui le confort n’est pas une priorité, qui évoluent sur des sentiers vallonnés forestiers mais qui ne rechignent pas trop à quelques sorties de pistes bien dessinées. Est-il un chasseur de podium ? Dans cette configuration, non. L’engin manque de répondant, d’explosivité pour prétendre monter sur un podium, mais il fera parfaitement le job sur une rando sportive. La question se pose pour les marathoniens. Le cadre est conçu pour, sans hésitation. Celui qui vient d’un tout rigide sera comblé. Mais les autres lui reprocheront son manque d’amorti des petits chocs, mais seront comblés par sa polyvalence d’usage et sa sérénité à son guidon. On le voit, avec ce nouveau HeiHei, Kona a su réellement faire progresser son offre en matière de tout-suspendu pour le cross-country. Dynamique, la géométrie bien pensée, mais les concurrents ont aussi affûté leurs armes et au moment du choix, pas sûr que le Kona soit dans les prétendants à l’achat. A moins de lui changer son amortisseur, car dans la version Trail DL, le HeiHei dévoile un tout autre visage !

Caractéristiques

FICHE TECHNIQUE : Tailles : S, M, L, XL – Modèle d’essai : M – Cadre : alu 6061 Light – Amortisseur : RockShox Monarch RL – Fourche : RockShox Reba RL – Freins : Sram Guide RS ø180/160 mm – Dérailleur arrière : Sram GX – Dérailleur avant: – Pédalier : RaceFace Aeffect, 34 dts – Commandes : Sram GX – Cassette : Sram 1150 10/42 – Jantes : WTB Frequency Race i23 TCS – Moyeux : Novatec QR15 / Novatec 142×12 – Pneus : Maxxis M340 Maxxlite, 29×2.00 » – Potence : Kona XC/BC – Cintre : Kona XC/BC – Tige de selle : Kona Thumb – Selle : WTB Volt Comp – GEOMTRIE : Taille essayée : M – Tube Supérieur : 600 mm – Tube de selle : 420 mm – Angle de direction : 69° – Angle de tube de selle : 75° – Bases : 430 mm – Empattement total : 1 121 mm – Hauteur de boîtier : n.c. -.

Distributeur : Kona Bicycles, www.konaworld.com

RENDEMENT [star rating= »3.5″]
CONFORT [star rating= »3.5″]
MANIABILITE [star rating= »3″]
STABILITE [star rating= »4″]
PRIX/EQUIPEMENT [star rating= »4″]

[quote]On aime : Stabilité • Comportement saint • Dynamisme • Look
On regrette : Plateau en 34 dents • Amortisseur RockShox Monarch • Pneu de salon.[/quote]

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Journaliste & photographe