Cannondale Moterra AM1 : Beauté intérieure…

DR T. Zaniroli

Cannondale arrive un peu à la traîne sur le segment des VTTAE. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que ça valait le coup d’attendre. Avec son Moterra, la marque américaine vise l’innovation et la performance… à défaut de miser sur l’esthétique.

DR T. Zaniroli
DR T. Zaniroli

[Htab][tab title= »PRIX »]5999€[/tab][tab title= »POIDS »]22.40 kg sans pédales en taille M[/tab][tab title= »DEBATTEMENT »]Déb. av. : 130 mm | Déb. ar. : 130 mm[/tab][tab title= »USAGE »]rando-sport, vallonné, montagne.[/tab][/Htab]

En arrivant après les autres, Cannondale se devait de proposer une machine sortant des sentiers battus et innovante par rapport à une concurrence déjà bien armée. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la marque américaine s’est lâchée. Les ingénieurs ont choisi de partir sur une motorisation Bosch Performance CX. Si le package est réputé pour ses performances sur le terrain, sa batterie est difficilement intégrable et son moteur est assez contraignant dès qu’il s’agit d’optimiser la géométrie et la suspension arrière. C’est justement là que Cannondale fait fort, puisque les ingénieurs ont réussi à améliorer la longueur des bases, le positionnement du point de pivot principal et la longueur des bases, grâces à des solutions techniques particulièrement intéressantes.

Un VTT au pays des Transformers

Quand je l’ai découvert à Kirchberg en Autriche, il m’a d’abord fait penser à ce bon vieux Bumblebee des Transformers. Sans entrer dans toute polémique esthétique inutile (tous les goûts sont dans la nature), je reconnais bien que Cannondale a une fois de plus marqué les esprits avec ce nouveau châssis réalisé en aluminium Smartform C1. Sa grosse originalité, c’est le placement inversé de la batterie, fixée sous un tube diagonal auquel a été greffé un imposant caissonage. Partiellement visible, la batterie est en plus maintenue par un long strap élastique en caoutchouc, qui la protège en plus des projections. Quel est l’intérêt d’un tel positionnement, me direz-vous ? En optimisant le centrage des masses vers le boîtier le pédalier, on obtient un VTT beaucoup plus facile à manier et on limite ainsi l’effet “camion” problématique sur certains VTTAE. Mais ce n’est pas tout. Cannondale a réussi à s’affranchir de nombreuses contraintes liées au gabarit du moteur Bosch. Comment ? Les cache-moteurs d’origine ont été supprimés, puis le moteur a été placé de façon légèrement inclinée vers le haut dans un caisson de torsion spécifique. Les ingénieurs de la marque américaine en ont profité pour développer leur propre fixation moteur (qui remplace celle d’origine Bosch) afin de libérer de l’espace pour le point de pivot de la suspension arrière. Mais ce n’est pas fini ! Afin de décaler la ligne de chaîne pour réduire la longueur des bases, l’axe arrière est en 157X12 mm (standard DH). Il est combiné avec un pignon moteur spécifique déporté de 6 mm vers l’extérieur pour conserver une bonne ligne de chaîne. L’intérêt, c’est qu’avec 457 mm (et même 443 mm sur la version LT, voir encadré) le Moterra est tout simplement le VTTAE avec les bases les plus courtes du marché ! On finit le tour du propriétaire du châssis par la suspension arrière, équipée d’une jolie biellette en carbone. Avec ses 130 mm de débattement et ses pneus au format 27.5+, le Moterra AM joue la polyvalence. Trêve de bavardage, il est temps de rouler…

Une prise en main tyrolienne

C’est à Kirchberg en plein cœur du Tyrol autrichien que nous avons pu prendre en main le Moterra dans sa version AM1, la plus haut de gamme. Le montage est plutôt cohérent et qualitatif, avec du Fox Factory (34 à l’avant et Float EVOL à l’arrière), du Shimano XT pour le freinage et la transmission et des périphériques “maison”. Côté géométrie, le Moterra est dans la tendance actuelle avec une partie avant particulièrement longue, un angle de direction généreux et un boîtier de pédalier vraiment bas. En bref, une géométrie particulièrement agressive sur laquelle je suis immédiatement bien posé avec mon mètre 80. Les premiers kilomètres s’enchaînent sur de la piste assez large, avant d’attaquer un premier “coup de cul” qui en a piégé plus d’un, malgré l’assistance ! Je ne reviendrais pas sur le moteur Bosch Performance CX, qui remplit toujours aussi bien son rôle même en mode Tour. Les premiers virages en épingles en côté sont négociés avec presque autant de précision qu’un VTT classique. L’avant est vif, on repique facilement à la corde du virage sans avoir cette habituelle sensation de se faire embarquer vers l’extérieur. On poursuit notre petit tour de chauffe sur un sentier roulant. Deuxième bon point du Moterra, même lorsqu’on dépasse le seuil fatidique des 25 km/h et lorsque l’assistance se coupe, ce VTT reste facile à emmener et à piloter. Alors que les nuages ne laissent rien présager de bon, il est temps de passer aux choses sérieuses. Direction le sommet du Fleckalm trail, décor d’une des manches de la Coupe d’Europe d’enduro en 2015. Du technique, de la racine et surtout 1 000 mètres de dénivelé qui en font un des trails les plus longs du coin. Ajoutez-y une pluie battante, des racines bien humides et vous obtenez un terrain de jeu plutôt hostile et qui pourrait rapidement vous mettre mal à l’aise. Les premiers mètres dans les alpages vont rapidement me prouver le contraire. Le Moterra tient franchement le pavé, entre ses suspensions et le grip phénoménal procuré par ses pneus en 2.8… à condition d’avoir la bonne pression (1,15 bars à l’avant et 1,10 à l’arrière pour moi). Mais là où ce Cannondale m’a vraiment surpris, c’est dans le technique où il combine facilité de pilotage et précision. Les mouvements du corps ont une incidence directe sur le comportement du vélo, ce qui n’est pas toujours le cas sur les VTTAE. Ici, on tire sur le guidon et on place son poids sur l’arrière pour délester l’avant, où au contraire on charge un peu l’avant et on décale le bassin pour faire tourner l’arrière… facile. Ce recentrage des masses demande parfois à repenser la façon dont on roule. Il faut piloter avec le bas du corps (en jouant avec les pieds, les genoux et le bassin, un peu comme en moto). L’avant est plus léger, l’arrière tourne presque dans un mouchoir de poche, mais au final, les 22,4 kg vous rappellent à l’ordre sur la durée. Reste que Cannondale a une fois de plus réussi à faire parler l’innovation au service du plaisir de pilotage !

La gamme Moterra

Le Moterra est proposé dans deux versions AM et LT, toutes équipées du moteur Bosch Performance Line CX et d’une batterie 500 Wh. Le AM est dotée de 130 mm de débattement et de roues au format 27.5+. Il est proposé dans trois versions allant de 3 999 € à 5 999 €. Son grand frère le LT est muni de 160 mm de débattement. Les roues au format + disparaissent au profit d’un montage en 27.5 ». AM ou LT, quelle version choisir ? On ne manquera pas de tester prochainement le LT sur le parcours du Roc d’Azur pour vous aider à choisir entre les deux versions !

Caractéristiques

FICHE TECHNIQUE : Tailles : S, M, L, XL – Modèle d’essai : L – Cadre : aluminium SmartForm C1 – Moteur : Bosch Performance CX – Batterie : Bosch Powerpack 500Wh – Fourche : Fox Factory 34 Float FIT4 – Amortisseur : Fox Factory Float EVOL – Freins : Shimano XT av ø203 mm ar ø180 mm – Dérailleur arrière : Shimano XT Shadow Plus – Pédalier : FSA, pignon Cannondale 15 dents – Commande : Shimano XT – Cassette : Shimano SLX 11-42 dents – Moyeux : Formula Disc – Jantes : DT-Swiss XM 551 – Pneus : Schwalbe Nobby Nic TL-Easy 27.5X2.8 – Potence : Cannondale C1 60 mm – Cintre : Cannondale C2 780 mm – Tige de selle : KS LEV Integra – Selle : Fabric Scoop Elite – GEOMETRIE Taille : L : Tube supérieur : 631 mm – Tube de selle : 480 mm – Angle de direction : 67,5° – Angle de tube de selle : 74° – Bases : 457 mm – Empattement total : 1 214 mm – Hauteur de boîtier : 347 mm – Reach : 452 mm – Stack : 623 mm.

Distributeur : Cannondale, Contact : www.cannondale.com

AUTONOMIE
CONFORT
MANIABILITE
STABILITE
PRIX/EQUIPEMENT

[quote] On aime :Géométrie • Centrage des masses • Dynamisme
On regrette : Poids • Esthétique discutable.[/quote]