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Bianchi Methanol 9.2 CV : Marathonien

En interne, il s’appelle YMB74IBM. C’est beaucoup moins sexy que son nom commercial Methanol 9.2 CV, mais retenez surtout que ce fleuron de la marque italienne Bianchi utilise une fibre de carbone dénommée Countervail, censée annuler les vibrations et qu’elle réservait jusque-là à ses vélos de route. Encore un énième argument marketing ?

DR. T. Zaniroli

[Htab][tab title= »PRIX »]5999€[/tab][tab title= »POIDS »]9.40 kg sans pédales en taille 17[/tab][tab title= »DEBATTEMENT »]Déb. av. : 100 mm | Déb. ar. :- mm[/tab][tab title= »USAGE »]Compétition, vallonné, plaine.[/tab][/Htab]

Il aura fallu attendre près de trois ans pour que Bianchi se décide à utiliser le Countervail sur un de ces VTT, et c’est le fleuron du cross-country de la marque qui en a hérité, le Methanol. Il s’adjoint pour l’occasion le fameux logo CV pour CounterVail. Introduit en 2013 sur certains de ses modèles de route (Infinito CV, l’Aquila CV, le Specialissima et l’Oltre), le Countervail a été développé en collaboration avec Material Science Corporation, une firme américaine qui travaille dans le domaine du carbone et de la résine pour l’aéronautique, le secteur militaire, et même la NASA. Il s’agit d’un matériau dit viscoélastique, qui est introduit entre les feuilles de carbone, et dont la fonction est d’absorber les vibrations après que le choc ait eu lieu. Bon, si on écoute les ingénieurs italiens qui sont bien connus pour en faire trop, avec une architecture spécifique des fibres cela permettrait de réduire de 80% les vibrations sur le cadre. Rien que ça ! En tout cas, sur le papier cela devrait offrir au pilote plus de contrôle et de confort en l’isolant des imperfections du terrain et de petits impacts. Franchement, ce type de discours cela fait longtemps qu’on l’entend, et tout aussi franchement, cela s’apparente souvent à du pipeau. Mais pour laisser sa chance au produit, nous avons décidé de le tester et nous avons eu raison.

Entre tradition et modernité

Le nouveau Methanol CV est uniquement disponible pour roues de 29 pouces, ce qui est logique vu son usage : le cross-country en mode compétition mais aussi marathonien à ses heures perdues. Notez que le cadre est décliné en quatre tailles (15, 17, 19 et 21”), ce qui permettra au plus grand nombre de trouver chaussure à son pied. Le cadre est résolument tourné vers l’avenir puisqu’il est capable de recevoir des transmissions mécaniques en 1x et 2x, mais aussi des électriques comme les Shimano Di2. Pour cela, la tige de selle FSA qui équipe le vélo peut recevoir la batterie Shimano. Sur le papier, le cadre est également compatible avec les tiges de selle télescopiques avec passage de câble interne. Sauf qu’il faudra trouver un modèle en ø27,2 mm, et on peut dire qu’elles ne sont pas légion. Du côté du boîtier de pédalier, le cadre utilise un BB92x41, ce qui est un bon point question compatibilité, et surtout évite de tomber dans le BB30 qui avoue aujourd’hui ses faiblesses (notamment au niveau des roulements). Malgré le moyeux arrière au format Boost 148, la ligne de chaîne est plutôt bonne et permet au cadre d’être relativement court de l’arrière. Il a en effet des bases taillées à 430 mm. Notez que la douille de direction est particulièrement basse, de quoi éviter la caricature d’un 29 » haut de l’avant. Pour autant, le Bianchi ne semble pas adepte du tube supérieur long qui fleurit un peu partout chez les constructeurs. Dans notre taille M, il ne dépasse pas le 590 mm. Enfin, il est appréciable de voir que le cadre peut recevoir deux bidons d’eau à l’intérieur du triangle principal, qu’il est d’ailleurs livré avec un porte-bidon Elite d’origine, et que l’ensemble est fixé par des petites vis en ergal du plus bel effet. Sauf qu’elles ont tendance à se dévisser, que l’empreinte de serrage n’est pas des plus courantes (difficile de se balader avec une clé T20 sur le terrain), et surtout que la position du bidon principal est trop haut pour passer correctement un bidon de 750 ml sur un taille L (sauf à utiliser un porte-bidon à entrée latérale).

Un bel équipement

Pour ce test, nous avions demandé une version d’entrée de gamme, mais lorsque la monture est arrivée au bureau, nous sommes tombés nez à nez avec un modèle Methanol 9.2 CV qui se trouve dans la partie haute de la constellation de modèles proposés dans la gamme. Il arbore une transmission mécanique Shimano XTR, couplée pour l’occasion avec un très rare pédalier FSA SL-K aux manivelles carbone. Il s’agit d’une transmission dédiée au 1x (même si le cadre peut recevoir un dérailleur avant au besoin), qui utilise un plateau à 32 dents et une cassette 11/46 piochée dans la gamme XT (la cassette 11/46 n’existant pas encore sur l’XTR). La fourche est une Fox 32 SC Factory avec une commande de blocage montée sur le guidon. Notez que cette nouvelle manette Fox, montée comme une commande de changement de vitesse avec une gâchette pour enclencher le blocage et une pour le retirer, n’a pas fait preuve d’une grande qualité. Le déblocage est super lent, au point que l’on a arrêté de l’utiliser. Certainement un problème de qualité de câble/gaine. Les composants FSA pour la tige de selle, la potence et le cintre et une superbe paire de roues DT XR1200 complètent la construction. Notez la présence de pneumatiques Kenda : de Honey BadgerXC Pro en 2.05 » de large. Là encore, l’Italien surprend par son choix tant on est aujourd’hui plus habitué à avoir une monte large. D’autant que le dégagement de pneu autorisé par le cadre à l’arrière est évalué à 2.25 ».

Véritable force tranquille, il vous emmènera loin, longtemps, tel un fidèle compagnon.

Quelle belle surprise

Une fois posée en selle, la première chose qui vient à l’esprit c’est : « waou ce qu’il est long ! » On reprend les cotes du tube horizontal et pourtant non. 590 mm en taille M, c’est plutôt classique, voire même court si l’on prend en compte les dernières générations de géométrie. L’avance de selle est parfaitement positionnée, la faute incombe donc à la potence. Il faut dire que cela faisait longtemps que nous n’avions pas eu une 90 mm de longueur sur un vélo. Autant vous dire qu’en selle, les bras sont bien tendus, et que le nez est vraiment dans la potence. De quoi bien se rendre compte également qu’avec 71° d’angle de direction, le vélo va être vif de l’avant. Une position à l’ancienne qui donne déjà le ton des prochains kilomètres. Premier bon point, les grips, en plus d’être légers, sont ultra confortables, c’est rare. La selle est parfaite, et la courbure du cintre FSA plutôt agréable. De quoi être en bonnes dispositions. Les premiers tours de roues mettent en avant une mise en action, certes sportive de l’engin (il manquerait plus qu’un VTT de 10 kg en ordre de marche soit difficile à emmener !), mais pas fulgurante. Une sorte de force tranquille qui nous accompagnera durant la centaine de kilomètres effectuée pour ce test. On est plus relâché à son guidon, ce qui permet de ne pas arriver crispé sur l’obstacle. La qualité du train avant, associée à l’amortissement de la fourche de haut vol, permettent de rentrer fort dans les virages. Enfin, tant que le sol est sec, car avec ces mêmes pneus dans la boue, c’est une autre histoire. En tout cas, on entre fort, et pour en sortir, c’est tout aussi simple, il suffit de se mettre un peu en arrière et d’enrouler. Un coup de pédale dès que le vélo retrouve sa position droite et voilà le vaisseau amiral repartir de plus belle. Attendez de passer la barre de 18 km/h, et là c’est le deuxième effet kisscool. Le train roulant se met réellement en action, au point de vous libérer des contraintes de roulage. Les roues semblent tourner toutes seules et il suffit d’appuyer à peine sur les pédales pour que le vélo évolue autour des 20 km/h sans effort. Grisant. D’autant plus que la rigueur de son châssis, associée à la parfaite balance entre le confort et le dynamisme des roues DT Swiss (malgré les jantes carbone qui pouvaient prétendre le contraire), ne vous gratifie pas de coup de massue dans le dos à chaque rencontre avec une racine. Certes ça tape à l’arrière, mais la vibration est sourde plutôt qu’aigüe. Or ce sont ces dernières qui sont usantes à la longue. Le vélo reste contrôlable et ne vous envoie pas dans des embardées de gauche à droite comme cela arrive souvent sur des semi-rigides trop rigides… La géométrie très neutre permet de passer partout. Magistral dans les côtes, sa position sur l’avant permet de bien charger la roue pour qu’elle ne décolle pas, tandis que le train arrière semble mordre au terrain pour vous mener au sommet. On déroule les jambes sans contraintes, profitant si le besoin s’en faisait ressentir, de la couronne de 46 dents à l’arrière. Mais sincèrement, à part à la montagne, ou alors dans un mauvais jour, elle ne vous sera d’aucune utilité tant il est facile à propulser en haut des côtes profitant de sa faible masse. D’ailleurs, on aurait aimé un VTT plus léger, vu l’équipement et le prix…

En descente, l’histoire est tout aussi simple. Il passe partout, sans rechigner à la tâche. Sa précision diabolique permet de bien suivre les directions imposées par le pilote, et s’il est nécessaire de sortir de la trajectoire initiale pour une meilleure, il se laisse facilement emporter dans la figure du bunny up. Mais il met surtout un point d’honneur à ne pas vous gratifier de coup de butoir à chaque rencontre d’obstacles, ou autres réceptions. L’engin est sain.

Il n’a jamais voulu prendre le dessus sur moi. Je le compare un peu comme un beau-fils tout propre sur lui, bon à marier, qui ne vous contredit jamais, ce qui est agréable au quotidien, mais qui manque franchement de caractère pour qu’il en reste un souvenir impérissable. On est ici dans le monde du compromis, qui fait que l’ensemble est ultra-cohérent, qui ne vous fera défaut nulle part, sans exceller dans un secteur. A part dans la mise en vitesse et dans sa capacité à la conserver sans le moindre effort, mais là c’est au train roulant et notamment aux roues DT Swiss qu’on le doit. Facile à piloter, les réactions sont saines et le comportement agréable. Il encaisse bien les chocs et filtre bien sans artifices de déformation de tubes (même si la tige de selle FSA fait un bon travail), les aspérités du terrain, de quoi offrir des conditions nécessaires pour effectuer de longues distances à son guidon. La technologie Countervail utilisée par la marque Bianchi n’est donc pas qu’un gadget marketing. Ça marche même si l’on n’est pas au niveau des meilleurs. Néanmoins, ceux qui recherchent le plaisir de rouler longtemps et loin, sans l’inconfort de certains cadres carbone, trouveront leur bonheur. D’autant que vous ne serez pas cassé en deux après trois heures de sortie.

Caractéristiques

FICHE TECHNIQUE : Tailles : 15,17,19,21″ – Modèle d’essai : 17 » – Cadre : carbone HM monocoque – Fourche : Fox 32 SC Factory – Freins : Shimano XTR , ø180/160 mm – Dérailleur arrière : Shimano XTR, 11 vit. – Pédalier : Fsa SL-K, 32 dts – Dérailleur Avant : – Commandes : Shimano XTR – Cassette : Shimano XT, 11/46 – Roues : DT Swiss XR1501 Spline 29″ – Pneus : Kenda Honey BadgerXC Pro, 29×2.05 » – Potence : FSA SL-K, 90 mm – Cintre : FSA SL-K flat, 700 mm – Tige de selle : FSA SL-K, ø27,2 mm – Selle : Fi’zi:k Tundra 2 Mg – GEOMETRIE : Taille 17 » – Top tube : 590 mm – Tube de selle : 435 mm – Angle de direction : 71° – Angle de tube de selle : 74° – Bases : 430 mm – Empattement total : 1073 mm – Hauteur de boitier : 315 mm – Reach : 415 mm – Stack : 620 mm.

Distributeur : Cycleurope, Contact : www.cycleurope.fr

RENDEMENT
CONFORT
MANIABILITE
STABILITE
PRIX/EQUIPEMENT On aime : Fibre Countervail qui n’est pas seulement un énième argument marketing | Motricité surprenante • Roues dynamiques
On regrette : Porte-bidon positionné trop haut • Potence trop longue • On aurait aimé plus léger.[/quote]

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