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BH Ultimate RC 7.7 : Vive la France

DR. B. Lacoste

L’Ultimate représente chez BH l’ADN du cross-country semi-rigide. Un cadre léger, une géométrie orientée vers la performance, il a tout pour attirer les champions en herbe. Dans cette version RC, l’Espagnol compte bien attirer un grand nombre de pratiquants grâce à un prix contenu.

Prix : 2 899 € | 11,18 kg taille M ; roues 5,19 kg | Déb. av : 100 mm   / Pratique : randonnée sportive, plaine, vallonné

Dans la famille Ultimate, vous avez le choix entre l’Evo ou le RC (pour Race). Le premier est le vélo utilisé par les champions qui évoluent sur le circuit international de cross-country. Le second est une version dégonflée de l’Evo. Il a la forme de l’Evo, la géométrie de l’Evo, mais pas son poids. L’Evo, c’est 840 g de feuilles de carbone Toray T1100G associées à de la résine dont la recette est tenue jalousement secrète. Le RC, c’est 1050 g sur la balance pour un cadre en taille M. Ici aussi BH utilise de la fibre issue du catalogue du Japonais Toray, mais il s’agira d’un assemblage de feuilles T800 et T700. Pour le reste, c’est-à-dire pour la mise en production, tout est identique. Vous aurez donc compris que l’idée avec ce modèle RC est de proposer un produit bien plus accessible financièrement, sans pour autant perdre en qualité. A cette masse, le RC reste dans le haut du panier des cadres carbone. Pour vous donner une comparaison, un Canyon Exceed CF SLX pèse 1015 g mais s’échange à partir de 3 699 €. Pour rester dans le prix de notre haut de gamme 7.7, il faudra se contenter chez l’Allemand de la version Exceed CF réalisée en fibres de carbone « classiques » mais dans ce cas, vous devrez vous contenter d’un cadre à 1312 g !

Pour redynamiser ce segment des semi-rigides face à des tout-suspendus toujours plus performants, BH a touché un point sur lequel cet Ultimate RC a de quoi attirer l’œil : sa géométrie. Reprise de l’Evo, elle avait marqué les esprits lors de son lancement. Alors forcément, ici elle ne peut être qu’un avantage. La direction pointe donc à 68°, et les reach ont été rallongés de 10 à 20 mm selon les tailles. Pour autant, pas de grosses prises de risques. Sur notre taille M, le reach est de seulement 425 mm, ce qui est loin d’être extrême. Par contre, le tube supérieur est proche de 600 mm et les bases sont elles particulièrement courtes pour un 29 » : 420 mm. Ça devrait tourner court dans les singles.

Une version qui ouvre les portes de la personnalisation

Côté équipement, l’Ultimate RC fait la part belle à Shimano puisque que son groupe XT se retrouve sur pas mal de déclinaisons. Au total, 4 versions sont au programme avec un prix d’attaque à seulement 1 699 €. Le cadre est le même que notre modèle, sans pour autant avoir un équipement au rabais. On trouve par exemple une transmission qui mixe une commande, une cassette en Shimano Deore, et un dérailleur en XT. La suspension avant est confiée à une RockShox Judy. Notre version 7.7 en test, fait elle aussi la part belle à Shimano. On trouve du XT à tous les étages. C’est fiable dans le temps à condition d’entretenir correctement le ressort du dérailleur arrière. On notera surtout la fixation Flat Mount pour le frein arrière. En plus de permettre de gagner du poids sur l’étrier de frein (quand il s’agit d’un vrai Flat mount, ce qui n’est pas le cas sur ce vélo qui doit passer par un adaptateur), il est plus facile à placer sur un cadre. Enfin, surtout, cette version 7.7 vous ouvre les portes de la personnalisation, et de l’étendue quasi infinie de sa palette de couleurs pour le cadre. Une option tout de même à 300 €.

Complet mais sans pédales, nous avons pesé la version 7.7 de notre essai à 11,18 kg, ce qui n’est pas léger. Avec des roues plus légères et quelques petites modifications, on peut facilement arriver autour des 10,3-10,5 kg.

Un semi-rigide turbulent

Sur le papier, BH a choisi d’avoir une forme de tubes assez fins voire même au profil aplati dans certaines zones (tube supérieur, haubans) afin d’obtenir de la tolérance verticale, sans perdre en rigidité latérale, voire en torsion. Du côté du boîtier de pédalier aussi, les ingénieurs ont opté pour le Pressfit 96 bien large pour augmenter là encore la rigidité, et associé aux bases de seulement 420 mm de long, permettre une transmission intacte de la puissance depuis la pression sur la pédale à la mise en action de la roue arrière. La douille de direction est elle aussi bien rigidifiée en présentant une forme bien bodybuildée. Le tube de selle est lui fin, pour recevoir une tige de selle en diamètre de 27,2 mm, un choix pertinent pour offrir une déformation qui devrait garantir une bonne filtration de vibrations. Alors pourquoi lorsque l’on roule ce magnifique vélo, tout semble vous remonter dans la colonne vertébrale ? Le BH Ultimate RC n’est pas un vélo facile avec son pilote. D’abord parce qu’il n’est pas un modèle de confort. Les remontées du terrain sont fatigantes à la longue et l’on a du mal à envisager des sorties techniques de plus de 50 km à son guidon. Ça tape, ça saute de la roue arrière, ce qui impose de rester tout le temps vigilant pour remettre le vélo dans la bonne ligne. Et ne comptez pas sur la déformation de la tige de selle. Elle est trop costaude pour ça. Dommage dans ce cas d’être en 27,2 si ce n’est pas pour en profiter. La rigidité de la douille de direction met aussi en avant le manque de tenue de la fourche Fox en latéral. Heureusement que la roue avant est rigide dans les appuis pour compenser, et assurer une bonne tenue de la ligne. Mais il est aussi dur avec son pilote parce que sa position de pilotage impose trop de contraintes sur le torse de son propriétaire. Pas seulement en longueur, mais aussi en largeur. La potence est trop longue et le cintre trop large sans aucune souplesse (780 mm…). Un choix surprenant, surtout que globalement, le vélo n’impose pas d’avoir la tête dans la roue avant. On peut même dire que le poste de pilotage est même haut. Donc théoriquement plus confortable. Heureusement la monte de pneumatiques est assez pertinente sur ce BH pour apporter une dose de confort. Le ballon rond associé à une pression bien choisie permet d’amoindrir les coups. Le Maxxis Ikon a tout à fait sa place à l’arrière où il apporte un bon compromis entre confort, traction et rendement. Certes c’est un pneu, comme l’avant d’ailleurs plus adapté au terrain sec, mais il ne vous mettra pas à l’arrêt aux premières boues. L’ensemble offre une glisse naturelle facile à contrôler. A l’avant, l’Ardent Race offre un bon grip même dans les appuis en virage. C’est toujours amusant de voir comme ce combo fonctionne bien en 29 » alors qu’il n’est pas des plus performants en 27.5 ». En tout cas, même lors de nos sorties boueuses, le BH ne nous a pas laissé plantés. Et ça tombe bien parce que mené d’une bonne main de fer, l’Ultimate RC est un vélo qui aime la vitesse. Une fois lancé, il devient plaisant d’enchaîner les courbes serrées. On profite de la stabilité de l’avant qui vous donne une sensation de sécurité dans tous les secteurs techniques, et de cet arrière qu’il suffit de faire pivoter d’un coup de rein. Il faudra seulement veiller à ne pas rencontrer une racine, au même moment, car l’arrière court ne pardonne rien. Sauf en montées. Aussi surprenant que ce soit, le vélo grimpe en offrant de la stabilité qui n’est pas à l’image de l’arrière court. C’est d’autant plus appréciable, que l’Ikon à l’arrière a tendance à bien se déformer en charge sur les racines et autres pierres. Il apporte un grip en montée que le cadre a du mal a donner. On est ainsi quasiment certain de grimper au sommet à chaque coup. Quel dommage cependant que les roues soient aussi pénalisantes car nous avons eu l’occasion de le rouler avec des roues bien plus légères et dynamiques et le vélo est transfiguré. Le vélo survole les côtes, et offre des relances dignes du poids du cadre.

Et puis il y a les descentes, et autres marches à franchir. Là ,le vélo évolue sans gêne pour le pilote. La stabilité est au rendez-vous. Il suffit de contrôler les mouvements de la roue arrière en coinçant bien la selle entre les cuisses et le tour est joué. On se surprend même à sauter ici et là pour éviter telle ou telle pierre, profitant du bon positionnement du pilote autour du triangle avant. La vitesse est là. Il faut alors rester vigilant dans les réactions qui se font de plus en plus vives mais sans pour autant être déstabilisantes. Le carbone semble encaisser plus facilement les chocs avec la vitesse croissante. Une bonne nouvelle.

Voilà un vélo controversé. Le vélo a clairement du potentiel mais il est desservi par des périphériques qui viennent assombrir le tableau. Les roues sont aux premières loges, mais le poste de pilotage ou la tige de selle trop rigides sont aussi à incriminer. Il faudra donc le prendre en compte lors de l’achat de ce vélo, quitte à prévoir une petite enveloppe pour les changer et obtenir alors une machine à gagner des courses.

Caractéristiques

GEOMETRIE : Taille : M – Tube supérieur : 595 mm – Tube de selle : 440 mm – Angle de direction : 68° – Angle de tube de selle (effectif) : 74° – Bases : 420 mm – Empattement total : 1115 mm – Hauteur de boîtier : mm – Reach : 425 mm – Stack : 610 mm – FICHE TECHNIQUE : Tailles : S, M, L, XL – Modèle d’essai : M – Cadre : carbone – Fourche : Fox 32 SC Performance – Freins : Shimano XT, ø180/160 mm – Dérailleur arrière : Shimano XT 12v – Pédalier : Shimano XT, 175 mm, 34 dents – Commande : Shimano XT – Cassette : Shimano XT, 10-51 – Roues : BH SL Tubeless/Shimano – Pneus : av. Maxxis Ardent Race Exo, 29 x 2.20 ; ar. Maxxis Ikon Exo, 29×2.20 – Potence : BH SL, 80 mm – Cintre : BH SL, 780 mm – Tige de selle : BH SL, ø 27,2 mm – Selle : Prologo Scratch M5.

Distributeur : BH France, Contact : www.bhbikes.com

Notes

Rendement : 3

Confort : 2,5

Maniabilité : 4

Stabilité : 4

Prix/Equipement : 4

TOTAL : 14/20

On aime : Maniabilité • Stabilité de l’avant

On regrette : Cintre trop large • Manque de confort