Rocky Mountain Thunderbolt 770 MSL : coup de tonnerre

DR T. Zaniroli

Si la polyvalence avait un nom, elle s’appellerait Thunderbold. Oh non, ne cherchez pas son nom sur le cadre, ce vélo est un peu timide, mais c’est pour ne pas vous foudroyer au premier regard. Rencontre avec un VTT qui sait vous donner la banane, et ce n’est pas la centaine de kilomètres bouffée à son guidon qui nous fera dire le contraire.

DR T. Zaniroli
DR T. Zaniroli

[Htab][tab title= »PRIX »]5599€[/tab][tab title= »POIDS »]12,20 kg sans pédales[/tab][tab title= »DEBATTEMENT »]Déb. av. : 120 mm | Déb. ar. : 120 mm[/tab][tab title= »USAGE »]Compétition, rando-sport, vallonné.[/tab][/Htab]

L’esthétique joue beaucoup dans l’image que dégage un vélo, et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce Rocky Mountain Thunderbolt MSL n’est pas avare dans les sentiments qu’il dégage. Ces lignes joliment sculptées reprennent les airs de famille bien connus de l’Altitude, son grand frère destiné à l’enduro, et même de l’Elément, véritable référence sur le segment des crosseurs. Des lignes à faire tomber les mâchoires qui n’ont pu être réalisées qu’avec le concours d’un matériau, le carbone (d’où le MSL). Le nouveau venu utilise le procédé Smoothwall : l’idée est d’éliminer l’excès de résine et de fibres en utilisant un moule interne rigide plutôt qu’une chaussette gonflable traditionnelle. Evidemment pour optimiser la rigidité, la résistance, tout en diminuant le poids global, différents types de carbone sont utilisés et disposés à des endroits spécifiques en fonction des désirs de l’ingénieur. Mais le Thunderbolt MSL ne se contente pas de copier ses frangins, il a su apprendre de leurs défauts pour apporter un plus. Ainsi, s’il reprend le concept de l’élimination des roulements à billes traditionnels pour des bagues en alliage durci, plus rigides et plus légères, il adopte des graisseurs pour garantir une faible friction. Ce qui n’était pas le cas sur les premières générations qui ont tendance à vite s’encrasser et demander pas mal d’entretien. Maintenant un simple pistolet à graisse sera nécessaire pour une utilisation allongée dans le temps. Autre changement, le point de pivot principal a été repensé par rapport à l’Altitude MSL. Il est ainsi surdimensionné et surtout il fonctionne comme un axe traversant muni d’un expandeur à son extrémité afin de lui garantir un parfait serrage, tout en laissant les bagues fonctionner sans être compressées. Associée aux pivots arrière ABC, la suspension gagne encore plus en sensibilité sur les petits chocs.

Un cadre luxueux, des composants de qualité

On ne va pas vous faire la liste de tous les composants, mais retenez que pour 5 600 €, le Thunderbolt MSL 770 est plutôt pingre, surtout au regard de la concurrence. Cela s’explique par un cadre cher à fabriquer, et un volume de production qui n’est pas comparable à de grandes marques. La transmission n’est pas pour autant à mettre à la poubelle. Le combo Shimano XT et XTR (pour le dérailleur arrière) marche plutôt bien. Et la tige de selle télescopique intégrée n’est pas en reste puisque vous pourrez profiter d’une RockShox Reverb Stealth, idéale pour le programme. L’amortisseur Fox CTD propose de se faire ajuster sa compression basse vitesse depuis le cintre, ce qui à l’usage sera pratique. Alors pourquoi pingre ? Parce que l’on se serait plus vu avec un cintre carbone de chez Race Face, ou encore disposer d’un jeu de direction d’une meilleure qualité, ou encore de freins plus performants, sans parler de la selle qui vous fait glisser le fessier à cause de son revêtement inapproprié.

De quoi se fâcher avec vos compagnons de sortie

Contrairement à nombre de cadres carbone, le Thunderbolt ne s’impose pas à vous. Il se laisse guider avec facilité, sans débauche d’énergie. Il se cale franchement dans les appuis, profitant d’une boîte de pédalier et d’un centre de gravité bas et sort fort des virages, ne vous laissant qu’une envie, que le prochain arrive vite pour pouvoir balancer le vélo de l’autre côté. Dans ces successions de petits virages plus ou moins serrés, aucune largesse dans la trajectoire, aucun déséquilibre lors des changements de cap, pas la peine de donner un coup de frein pour rétablir la bête, le Rocky Mountain s’exécute sans broncher avant d’en remettre une louche pour attaquer la ligne droite qui suit. Un coup sur la manette de contrôle de l’amortisseur arrière pour le freiner un peu (position Trail) et les relances se font canon, sans pompage. A l’avant, il faudra jouer impérativement du levier pour la rendre plus dure tant elle se transforme en une pompe à vélo dès que vous vous mettez en danseuse.

Cette suspension arrière est un doux équilibre entre confort et vivacité, faisant de ce modèle un produit aussi à l’aise lors d’une balade familiale, ou sur un raid longue distance, que sur une course de XC où elle offrira une motricité fulgurante. A son guidon, les plus hauts sommets sont à votre portée. La position sur le vélo avec un tube de selle assez droit permet de bien transférer votre puissance de pédalage. Et associé à la rigidité du cadre, qui encaisse sans broncher d’être maltraité dans cet exercice, le tout avec une suspension qui plaque littéralement la roue arrière au sol tout en l’autorisant à absorber les petites aspérités du terrain, vous serez bluffés par ses capacités de grimpeur. Il faut dire que le 770 MSL est bien aidé par son train roulant. Si elles ne sont pas des plus solides, ni des plus rigides mais juste ce qu’il faut pour s’équilibrer avec la rigidité du cadre, les jantes NoTubes Crest sont légères. Mariez-les avec des Maxxis Ardent, et vous aurez une paire de roues faciles partout, et polyvalentes sur terrain sec, voire même légèrement gras.

Alors que vous pensiez avoir tout vu avec ces successions de grimpettes avalées comme on mange un paquet d’Haribo, la première descente va vous envoyer dans une autre dimension. Bienvenu dans le monde du plaisir ! Même dans un programme qui est loin d’être le sien, puisque nous n’avons pas hésité à le faire jouer sur le terrain de son grand frère enduro, le Thunderbolt MSL ne montre aucun signe de faiblesse. Son agilité n’est pas une façade, elle se vit sur le terrain. Et croyez-nous, c’est là que le sourire vous monte aux lèvres. Malgré la position intermédiaire du réglage de la géométrie (voir encadré Ride 9), qui est, disons-le, la plus passe-partout, ce Rocky Mountain est démentiel. Pour vous dire, on se surprend à aller chercher la trajectoire qui vous ferra sauter les pavasses, et autres racines, plutôt que de prendre la ligne classique sécurisante. Compromis entre stabilité de l’avant et vivacité du train arrière (423 mm de bases s’il vous plaît), il offre un comportement sain qui facilite grandement son pilotage, et permet de sortir de tous les pièges avec les honneurs. Le travail de la suspension arrière (linéaire jusque mi-course puis progressive juste comme il faut pour ne pas vous rappeler que vous arrivez en butée), la géométrie et la position de pilotage remarquable avec sa potence courte et son cintre large, font du Thunderbolt MSL une machine à rouler implacable, qui isole à merveille son pilote des tous les désagréments extérieurs. C’est hallucinant de voir les suspensions travailler tandis que le cadre reste imperturbable, ne vous malmenant pour le moins du monde, le tout avec une rigidité parfaitement calibrée pour monsieur tout-le-monde. Comprenez qu’il ne vous demandera pas de jouer les gros bras pour le placer sur la trajectoire désirée. Et puis il y a un truc de vraiment bien, c’est qu’il n’y a aucune interaction entre le freinage et la suspension arrière : l’arrière fonctionne toujours et permet au pneu de mieux rester au contact du sol, réduisant d’autant les distances de freinage par rapport à des suspensions monopivot classiques. Vous vous dites alors « chouette, je vais pouvoir repousser les freinages plus tard. » C’était sans compter sur les freins Shimano XT, ici en disques de 180 mm bienvenus, qui peinent à assumer leur tâche. Ils ne sont pas des foudres de puissance et manquent cruellement de mordant. Plutôt passe-partout, ils sont un peu justes lorsque le rythme accélère.

Coup de foudre

Le bilan est celui d’une réussite totale. Je ne pensais pas l’écrire un jour d’un VTT en 27.5 », mais il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Car ce Thunderbolt est un digne représentant de la polyvalence, en plus d’être un accélérateur de sensations, un monument du VTT qui offre un dynamisme facile à tous les étages, sans demander de votre part une recrudescence d’énergie. Il permet de rouler vite partout, même sur des terrains réservés à des VTT plus pourvus en débattement, sans que vous ne soyez ballottés. Lorsque la force centrifugeuse dicte sa loi, il conserve un équilibre saisissant. Rouler à son guidon, c’est avoir le sourire qui illumine votre visage à chaque sortie, et ça, peu de vélos pourront vous l’offrir. Reste la pilule du prix à avaler…

DR T. Zaniroli
DR T. Zaniroli

Ce qu’il faudrait changer

Les freins manquent un peu de mordant, mais on peut faire avec. La fourche par contre est complètement sous-dimensionnée par rapport au comportement fougueux de ce vélo. Soyons clairs, la Fox 32 Float manque de rigidité et l’hydraulique est perfectible dès que le pilote accélère le rythme, mais aussi en mode balade… Pour rester chez Fox, une 34 aurait dû trouver sa place d’origine dessus. En dernier ressort on pourra vous proposer de changer les roues, si vous n’êtes pas très propres dans vos trajectoires, ou pas très souples dans vos réceptions. Les jantes NoTubes Crest sont légères, ce qui participe beaucoup au dynamisme du vélo, mais revers de la médaille, il faut savoir en prendre soin.

Focus sur…

…Le Ride 9

Le Ride 9 DR T. Zaniroli
Le Ride 9 DR T. Zaniroli

Le Thunderbolt adopte la fixation d’amortisseur Ride 9 qui permet de modifier la géométrie en fonction du terrain. Il propose neuf configurations, mais qui se réduisent réellement à trois puisque Rocky Mountain a associé ce réglage également au poids du pilote : en fonction du positionnement de la fixation de l’amortisseur, vous pouvez faire varier la direction de 67,2 à 68,5°, par conséquence l’angle du tube de selle de 73,7 à 75,3° et forcément de la boîte de pédalier qui varie de plusieurs millimètres en passant de 320 mm à 342 mm. Plus vous mettez la fixation vers l’avant, plus vous ouvrez le vélo. Plus vous la mettez vers l’arrière, et plus vous refermez les angles donc plus vous transformez votre Thunderbold en crosseur. Mais, il faut prendre en compte également le poids du pilote. Il est léger : dans ce cas, vous devrez oscillez dans les trois positions du haut. Plus lourd, celles du bas. Pour notre part, nous l’avons roulé au milieu, et vous savez quoi ? Il marche très bien comme ça et passe vraiment partout, même dans la pente technique. Il y a des froussards en descente dans l’assemblée ? Mettez la fixation sur l’avant, mais toujours sur la ligne horizontale du milieu. Vous aurez plus d’angle à l’avant, un boîtier plus bas, vous serez rassuré. Sachez quand même que la pièce n’aime pas trop le montage/démontage (nous en avons déjà cassé une sur un Altitude) et qu’il faut bien respecter le couple de serrage.

Caractéristiques

Fiche technique : Tailles : XS, S, M, L, XL – Modèle d’essai : M – Fourche : Fox 32 Float CTD – Amortisseur : Fox Float CTD – Freins : Shimano XT, ø180 mm – Dérailleur arrière : Shimano XTR Shadow+ – Dérailleur avant : Shimano XT – Pédalier : RaceFace Turbine, 38/24 dents – Commandes : Shimano XT – Cassette : Shimano XT, 11/36 – Roues : NoTube ZTR Crest / Shimano XT – Pneus : av. Maxxis Ardent 27.5×2.25 » ; Ar. Maxxis Ardent Race, 27.5×2.20 » – Potence : Race Face turbine, 70 mm – Cintre : Race Face turbine, 740 mm – Tige de selle : RockShox Reverb, 30,9 mm – Selle : WTB Silverado Race – GEOMETRIE en taille M (Ride 9 en position centrale) – Tube supérieur : 580 mm – Tube de selle : 463 mm – Angle de direction : 68,5° – Angle de tube de selle : 74° – Bases : 423 mm – Empattement total : 1 128 mm – Hauteur de boitier : 330 mm.

Distributeur : Tribe Sport Group, Contact : 04 94 54 19 50

RENDEMENT [star rating= »4″]
CONFORT [star rating= »5″]
MANIABILITE [star rating= »4.5″]
STABILITE [star rating= »4.5″]
PRIX/EQUIPEMENT [star rating= »3″]

[quote] On aime : Sa façon de rendre une sortie monotone en une succession de plaisirs immenses • Sa suspension arrière qui est certainement la meilleure de moment • Sa géométrie modulable qui ravira les pointilleux
On regrette : Comme toujours avec les petites productions, le prix unitaire est très élevé • La fourche qui est complètement dépassée par les événements.[/quote]

 

 

 

 

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Journaliste & photographe