Home ESSAIS Merida One Twenty 9 8000 : Un nouveau visage

Merida One Twenty 9 8000 : Un nouveau visage

Pour 2019, le géant taïwanais n’en finit pas de nous surprendre. Alors que jusqu’à présent, Merida restait très consensuel dans l’approche de ses vélos, sans néanmoins négliger l’aspect technique à la pointe, le voilà qui nous présente des modèles à forte personnalité. Le One Twenty marque un renouveau dont nous ne sommes pas prêts de nous lasser.

DR. N. Le Carré

Prix : 6 999 € | Poids : 12,6 kg | Débattement av.  : 130 mm ; ar. : 120 mm / Pratique : rando-sport, compétition, vallonné, montagne

Il ne vous donne pas envie de vous élancer à son guidon ce nouveau Merida One Twenty ? Qui aurait dit il y a seulement trois ans de cela que l’on serait excité à l’idée d’enfourcher un tout-suspendu de la marque taïwanaise ? Il faut dire que le clin d’œil esthétique aux One Sixty et au One Forty est évident et n’est pas fait pour nous déplaire. Il est donc décliné ici sur un 120 mm de débattement comme le laisse suggérer sa dénomination. Ce qu’elle ne vous dit pas, c’est que ce vélo conçu pour la polyvalence d’usage adopte une fourche en 130 mm à l’avant, de quoi voir venir surtout quand ici il s’agit d’une RockShox Pike, dont le comportement très proche d’une fourche de descente, est capable de bien des miracles. Le One Twenty est proposé en trois versions de châssis : deux modèles en carbone, un carbone/alu et quatre modèles en aluminium. C’est sur le carbone que nous avons jeté notre dévolu. Le cadre est entièrement réalisé dans ce matériau que maîtrise parfaitement Mérida, à l’exception de la biellette qui reste en aluminium. Sur la balance, le One Twenty dans cette version roues de 29 » est annoncé à 2,41 kg tous pleins faits, comprenez avec la visserie, etc… et en taille M. On est donc ici sur un produit plus léger de 400 g au regard de son remplaçant. Pas mal, surtout quand on s’aperçoit que les ingénieurs n’ont pas lésiné sur la dimension des roulements, sans parler de la taille des pivots arrière. Vous noterez que l’amortisseur, au format métrique et Trunnion, est monté en prise directe sur le bras arrière. Sur le papier, la solution retenue de l’amortisseur par les ingénieurs de Yuanlin (Taïwan) est en béton armé, surtout avec un monopivot comme ici. Concrètement, l’amortisseur est fixé entre le basculeur et un point attaché au bras oscillant. Par conséquent, on dit que l’amortisseur « flotte » entre deux points de contact suspendus qui ne sont pas sur le triangle avant du cadre. Cela permet à la suspension d’être beaucoup plus sensible au déclenchement, mais aussi de mieux gérer la progressivité en fin de course. Voilà de quoi réunir les amoureux des courbes uniques et les véritables sportifs dans l’âme, attirés par le caractère exacerbé de la suspension du dernier-né de Merida.

D’autant que niveau géométrie, la Taïwanais a enfin décidé de se mettre à la page. Ce 29er annonce la couleur : des bases plus courtes d’environ 10 mm pour s’établir à 435 mm, une direction qui s’ouvre généreusement à 67° quand avant on devait se contenter de 69°. Enfin dernier point qui finit de convaincre, le reach est de 435 mm sur la taille M avec son tube horizontal de 590 mm. Le One Twenty entre donc dans une nouvelle ère.

Une large gamme

Comme à l’accoutumée chez Merida, le modèle est décliné dans une infinité de versions. On l’a dit, deux sont full carbone, les 9000 et 8000, un combiné triangle avant carbone et arrière alu avec le 6000, puis viennent les alus avec pas moins de quatre modèles (800 /XT /600/400). Plus le chiffre accolé au nom est gros, plus celui du chèque à faire l’est aussi. Les prix s’échelonnent alors de 1 599 à 8 999 €. Pour notre modèle de test, le 8000, il faudra s’alléger de 6 999 € et pour ce prix, vous aurez juste ce qu’il faut, mais pas plus. Par exemple, on aurait aimé trouver à ce prix autre chose qu’un cintre et une potence maison, même si nous n’avons aucun grief à leur encontre, mais une belle marque fait toujours plus valorisant lorsque l’on vient de lâcher autant de billets. En tout cas, à y regarder de près, on se rend bien compte combien les ingénieurs ont voulu donner une vraie personnalité à leur vélo, et cela commence par son train roulant qui en dit long sur sa capacité à attaquer dans le défoncé. Avec un gros pneumatique Maxxis Minion DHR II en 2.4 de large à l’avant et un Maxxis Forekaster à l’arrière en 2.35, on sait qu’on est bien armé ! Et puis il y a ses roues : des FSA Gradient WideR29. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elles ne sont pas les plus courues, même si elles affichent de belles prestations à commencer par leur masse : juste au dessous de 1750 g pour des jantes de 30 mm de large interne pour 35 mm externe. De quoi peut-être dynamiser ce vélo qui affiche sur notre balance un bon embonpoint : 12,6 kg sans les pédales…

Étonnamment le poids ne se ressent pas !

Le One Twenty 8000 diffuse une ambiance au cockpit qui tranche avec l’ancien modèle. Le poste de pilotage avec sa petite potence donne le ton, et si cela ne suffisait pas à vous convaincre, un rapide regard sur la roue avant qui porte loin devant, finira de vous persuader. Oui, le nouveau modèle est prêt pour dévaler les pentes. Et franchement, il le fait avec merveille une fois que les suspensions seront bien réglées. Pour notre part, nous avons choisi de le rouler avec 28% de précontrainte et pas moins. D’abord parce qu’il perdrait en amortissement sur les petits chocs, mais aussi parce parce que c’est là qu’il s’accordait le mieux avec la fourche, enfin parce qu’on a trouvé que mettre plus de 30% le faisait arriver trop vite en fin de course, et ouvrait un peu trop la direction pour ce genre de vélo. Dans ces conditions, le One Twenty vous fait le show dans la pente. Le vélo a une capacité à prendre de la vitesse qui impressionne, et même par simple pompage, sans un coup de pédale. Décidément le 29er lui va très bien ! Cette rapidité de mise en action surprend au début, surtout vu les pneus agressifs, mais on s’y habitue très vite. Le vélo offre alors un visage rarement vu chez Merida. Il se défait des difficultés d’un simple bunny up, ou d’un petit déhanché selon votre envie. Le vélo est réactif aux changements de direction de dernière minute, même si on sent que les roues ne sont pas tendres, comprenez qu’elles sont très rigides, mais que le cadre semble en faire son affaire (il nous a fallu quand même resserrer les vis des axes au bout de deux sorties… le temps que tout se place). Plus on va vite et plus le vélo semble s’épanouir, tout en gardant cette douce sensation rassurante que l’on en garde la maîtrise. Bon, il faut dire que la géométrie est plutôt bonne pour ça, et que les freins Sram surdimensionnés pour le programme ont aussi leur part dans cette libération d’esprit. Les enchaînements de virages confirment les premières sensations en descente. Le vélo est joueur, et l’on arrive facilement à le faire tournicoter sans grosses débauches d’énergie.

Ce Merida est génial grâce à ce choix judicieux de roues, génial en facilité de prise en main, et génial d’efficacité dès lors qu’il s’agit de se lancer à corps perdu dans une descente !

Le charme opère également à la première côte. Mais où sont passés les 13 kg de ce vélo ? En tout cas, au pédalage on ne les sent pas. Une pression sur les pédales et le vélo semble grimper tout seul. J’exagère à peine. Pourtant accompagné de compagnons de sortie avec des VTT bien plus légers (certes de semis rigides), il ne m’a pas fallu sortir l’artillerie pour rester dans leurs roues, voire même de leur mettre la pression. Et tout ça, avec des gros pneus bien lourds ! En tout cas, je n’ose imaginer le résultat avec des boudins plus classiques ! En fait, cette sensation de facilité est surtout à mettre au compte des roues FSA. En effet nous avons testé ce vélo également avec des roues plus simples avec les même pneumatiques et l’histoire est toute autre. Le dynamisme était alors en berne et la vivacité qui semblait caractériser le One Twenty 8000 n’était plus au rendez-vous. Au niveau de la motricité en côte, la suspension arrière distille juste ce qu’il faut mais pas plus, pour agripper le terrain. On a vu mieux dans la catégorie, on a vu pire aussi. Au niveau de la position par contre, il ne faudra pas hésiter à transférer le poids du corps vers l’avant pour éviter que la roue avant décolle dans les gros pourcentages. Mais heureusement, le vélo se contrôle facilement.

Sur le plat, le Merida pédale carrément bien malgré son embonpoint. Visiblement là encore, avoir les roues légères est plutôt bénéfique. Certes il ne fera pas de démarrage explosif, mais pour faire des sorties bien rapides entre potes, il ne sera pas le dernier. Côté suspension arrière, tout l’intérêt du système repose sur sa capacité à lire et encaisser les variations de terrain. Le résultat est plutôt à la hauteur. Le vélo est confortable, ce qui permettra d’accumuler sans souci les kilomètres à son guidon.

Voici donc un vrai Merida avec tout ce que cela suggère en termes de qualité de fabrication et de soin apporté à la finition. On peut seulement regretter cette sacro sainte patte de dérailleur arrière toujours aussi souple qui gâche le tableau. Elle a tendance à se plier sous la pression des ordres donnés par le dérailleur arrière qui a besoin de rigidité pour engouffrer les 50 dents de la cassette. Là, réussir à obtenir un passage de vitesses parfait relève d’une opération à cœur ouvert avec les meilleurs spécialistes tant la précision est de mise.

A l’usage, le Merida est vraiment génial. Génial de se dire que l’on ne ressent pas les 13 kg en ordre de marche grâce à ce choix judicieux de roues, génial en facilité de prise en main, génial d’efficacité dès lors qu’il s’agit de se lancer à corps perdu dans une descente. Alors où est le loup ? Le prix clairement très élevé. On se dit que l’on pourrait se diriger vers le modèle inférieur, le 6000 au triangle avant carbone, et arrière alu. Pourquoi pas, mais il y a un mais… les roues. Là ,vous allez perdre tout le dynamisme du vélo et le fait que vous pourrez jouer des coudes assez facilement avec des vélos bien plus légers que le vôtre… Ou alors il faudra viser le One Twenty 6000 mais en négociant avec ajout de votre part, d’une belle paire de roues dynamiques !

Caractéristiques

FICHE TECHNIQUE : Tailles : S, M, L, XL – Modèle d’essai : M – Cadre : carbone – Fourche : RockShox Pike RCT3 – Amortisseur : RockShox Deluxe RT3 – Freins : Sram Code RSC, ø180 mm – Dérailleur arrière : Sram X01 Eagle – Pédalier : Truvativ Descendant carbon, 32 dents – Commande : Sram X01 Eagle – Cassette : Sram XG-1295, 10-50 dents – Roues : FSA Gradient WideR29 LTD – Pneus : av. : Maxxis Minion DHR II EXO 3C, 29.5×2.4 ; Ar. : Maxxis Forekaster EXO Dual, 29×2.35 – Potence : Merida Expert TR, 50mm mm – Cintre : Merida Expert TR , 760 mm – Tige de selle : KS LEV Integra 150 mm, ø30.9 mm – Selle : Prologo Nago X20 – GEOMETRIE Taille M : Tube supérieur : 590 mm – Tube de selle : 445 mm – Angle de direction : 67° – Angle de tube de selle : 75,5° – Bases : 435 mm – Empattement total : 1 165 mm – Hauteur de boîtier : 337 mm – Reach : 435 mm – Stack : 605 mm.

Distributeur : Merida France, Contact : www.merida-bikes.fr

RENDEMENT
CONFORT
MANIABILITE
STABILITE
PRIX/EQUIPEMENT

On aime : Prise de vitesse facile • On ne ressent pas son poids • Prise en main rapide

On regrette : Devoir ajouter des cales dans l’amortisseur • Patte de dérailleur trop souple • Mise en place d’un bidon de 750 ml compliquée