Lapierre Zesty TR 5.9 : et si le meilleur VTT, c’était lui ?

Le Lapierre Zesty TR a fait fureur lors de sa présentation officielle. Un look racé, des lignes qui inspirent l’envie d’aller s’amuser, et un prix somme toute assez contenu puisque notre version haut de gamme en alu affiche moins de 3000 €. Il nous fallait le tester pour savoir ce qu’il avait vraiment dans le ventre, et vous savez quoi ? Nous ne l’avons pas regretté !

Prix : 2999 € |Poids : 14,65 kg taille M| Déb. av. : 120 mm | Déb. ar. : 120 mm
Pratique : vallonné, rando sportive

Dans cette année 2019, nombre de vélos auront marqué un grand changement dans la philosophie d’une marque. Ça aura été le cas avec l’Orbea Oiz, le Mach4 SL chez Pivot, le RockRider 900 S ou encore l’Origine Theoreme 29. Tous ont un point commun : celui de mettre en avant leur qualité sur le terrain, avec cette capacité à donner le sourire à son propriétaire, mieux, à le rendre amoureux de son objet. Pourtant il nous en manquait un, un modèle qui nous faisait de l’?il, le Lapierre Zesty TR. Normal vous allez me dire puisqu’il s’agit d’un modèle 2020. Certes, mais cela fait depuis la fin de l’été 2019 qu’il nous a été présenté, et encore au Roc d’Azur la marque dijonnaise l’avait posé sur leur podium de présentation. Posé là, à nous narguer, il se dégage une force de ce vélo, un truc qui nous dit : « toi, tu dois être un super vélo. » Et puis il est (enfin) arrivé au bureau…

Le voilà donc ce nouveau Zesty TR, ici dans sa livrée haut de gamme. Bon, à y regarder de plus près, la notion de haut de gamme n’est que relative vu l’équipement qui l’habille, mais on s’en contentera. L’expérience m’a montré qu’un bon châssis et de bonnes roues étaient préférables à un beau dérailleur arrière hors de prix. Bon, le problème ici, c’est que les roues ne sont pas folichonnes, mais on s’en contentera. Du coup, la sanction du passage par notre balance est sévère : 14,65 kg ! Gloups… Ça veut dire plus de 15 kg en ordre de marche pour un vélo en 120 mm et 29 », tout ça pour 3 000 €. C’est un peu la douche froide mais bon, regardons ce que nous avons là : un châssis directement dérivé du Zesty AM, lui-même étant une réminiscence du Spicy, le modèle phare d’enduro de la marque dijonnaise. Concrètement, il dispose de 120 mm à chaque extrémité avec une cinématique de suspension arrière calquée sur le Zesty AM, et le TR a un objectif : combler le fossé entre le XR, le crosseur de la bande et le Zesty carrément tourné vers des pratiques plus extrêmes. Autrement dit, être le vélo à tout faire de la bande en obtenant un cocktail que peut lui envier bon nombre de concurrents.

Pas besoin de jouer à Plouf, Plouf, c’est moi qui vais le rouler, depuis le temps que je l’attends ! Eh bien je ne suis pas déçu, au contraire. Je peux vous le dire tout de suite, c’est un véritable coup de coeur !

Une répartition des masses incroyable

D’abord cela commence par la position de pilotage. Elle reprend trait pour trait celle que je me suis faite sur mon Sunn Shamann de tous les jours. Potence courte, cintre large juste ce qu’il faut pour pouvoir passer entre les arbres, mais suffisamment large pour compenser l’effet gyroscopique des roues en 29 ». Le tube supérieur peut ainsi être long, cela ne pose pas de problème d’autant qu’avec son long reach associé à son tube de selle bien redressé, il est tout à fait possible de pédaler sans devoir avancer outrageusement la selle, ou trouver un mauvais compromis de pédalage. La direction est ainsi assez légère, surtout que la potence est montée au plus haut. Le cadre offre beaucoup de dégagement entre les jambes, de quoi entrevoir de belles perspectives de mouvement dans les passages techniques. La suspension arrière offre un bon filtrage sur chemin dégradé, ce qui dénote avec l’avant qui, comme souvent chez Fox, a du mal à déclencher facilement. Même si la mise en vitesse est un peu laborieuse, il conserve bien son élan sans demander trop d’effort. On peut facilement s’engager sur une sortie peu vallonnée sans craindre la galère. Le comportement du châssis n’a rien de mollasson : parfaitement calibré il permet de s’amuser tout le temps sans que vous ne finissiez cassé en deux, les bras en compote à force de tirer sur le guidon. Bon, ce n’est pas un foudre de guerre en relance, ou lorsqu’il faut poser une accélération, mais c’est un petit problème que l’on peut vite résoudre en optant pour une paire de roues plus légère. Dans ce cas, le Zesty Tr se trouve revigoré, mais c’est une autre histoire, et surtout un autre prix. Déjà, contentons-nous de ses roues passe-partout, finalement assez solides, et promptes à recevoir la monte de pneumatiques Maxxis conséquente sans sourciller.

D’autant que son comportement joueur et toujours partant, fait oublier sa surcharge pondérale. Certes il impose de rétrograder une vitesse pour passer la difficulté avec plus de souplesse. Mais quelle répartition des masses et quelle motricité ! Je suis surpris de constater avec quelle facilité les côtes s’enchaînent avec aisance. En s’avançant légèrement sur le bec de selle, on sent la suspension se tendre, ce qui limite le pompage, mais bizarrement elle reste active pour absorber les racines qui se trouvent sur le chemin. Du coup, on se trouve souvent propulsé à l’avant du peloton en côte ! Oui vous avez bien lu, et ce malgré les plus de 15 kg de la bête. Montées techniques, en étant fin sur les mouvements de guidon, vous passerez partout (merci l’empattement arrière court). Mais là où il m’a encore plus bluffé, c’est dans une côte comment dire, un mastard qui nous laisse très souvent à pied. Les conditions de terrain sont dantesques (boue dissimulée sous des feuilles, pluie et vent froid). Le Zesty est passé comme une lettre à La Poste, oui Mesdames Messieurs ! La motricité, même dans la boue, à aller chercher en profondeur le grip, la position plaquée sur l’avant, l’engin en est venu à bout !

Un super héro en descente technique

Peu à peu, on durcit le rythme. Le vélo se montre d’un bloc mais avec juste cette dose de souplesse qui lui confère du grip et le rend si attachant. La gestion de la suspension arrière est bien calibrée tandis que la géométrie permet de se placer en courbe avec précision en profitant d’un bon retour d’information du train avant. Certes, il est bon d’être le plus propre possible pour plonger ensuite dans le virage rapide qui suit, surtout qu’il conditionne ici un enchaînement sinueux doublé de bosses en sortie de courbe. Le vélo s’amuse avec le terrain et nous aussi par la même occasion, d’autant que la motricité dans ces conditions est aux petits oignons. Les changements d’appuis sont du petit lait, à condition ne pas laisser traîner une manivelle en bas. Il faut vraiment être dans le tempo car le boîtier bas, qui s’enfonce avec la prise de débattement, demande vraiment de reprendre le pédalage bien à la sortie des obstacles, sinon la manivelle va au contact du sol.

Plus on avance sur notre parcours test, et plus on se rend compte que le Zesty TR permet de prendre une vitesse en courbe impressionnante. La recette est finalement assez simple, on entre en chargeant l’avant, et dès que l’on passe le creux de la courbe on se jette sur l’arrière pour pousser l’avant vers la la sortie. On entre un peu dans le débattement c’est vrai, il faut dire, avec cette cinématique assez linéaire, difficile de faire autrement (enfin, si, en ajoutant une ou deux cales dans la chambre d’air de l’amortisseur). Et si en plus on tire sur le guidon en sortie, alors là c’est l’apothéose : petit wheeling pour placer l’engin dans la courbe suivante. Vous avez dit jouissif ? Mais carrément !
Les descentes ne sont qu’une formalité. La position sur le vélo est saine d’autant que son poste de pilotage court et d’une largeur contenue, le tout associé un tube supérieur juste long comme il faut, et surtout avec les 65° de direction (en statique s’il vous plaît) vous sécurise d’une manière hallucinante sur un vélo de 120 mm seulement ! Ne croyez pas que parce qu’il est long, il se comporte comme un char d’assaut. Ce serait oublier son train arrière court qui permet toutes les folies. Il se place sur simple injonction des jambes, voire même des fesses. Un cabri, vous voyez comment ça se déplace ? Eh bien c’est exactement la sensation que l’on a lorsque l’on s’engage dans une descente. Quelle facilité ! Oui, j’en fais un peu trop, sûrement, et j’oublie la fourche dont l’hydraulique est dépassée avec l’accélération du rythme et les répétitions de chocs, j’oublie aussi que la souplesse de son châssis fait élargir les trajectoires, mais tout ça, au regard de la banane qui s’affiche sur mon visage, je m’en fiche. Si je me prends pour Nicolas Vouilloz ? Franchement, il m’est arrivé de me l’imaginer tant j’avais l’impression de reprendre ses mimiques en descente.



Choisir de rouler sur le Lapierre Zesty TR 5.8, c’est l’assurance de passer un bon moment au guidon d’un vélo !

B.L

Pourtant dans ces conditions piégeuses, le Zesty TR ne suscite pas d’inquiétude. La prudence, un peu, mais sa géométrie équilibrée, et sa suspension arrière le rendent facile à comprendre. Au point d’en faire l’un, si ce n’est le meilleur VTT pour tout faire aujourd’hui. On prend rapidement confiance, et on fait le spectacle. Chaque variation de terrain est une excuse pour faire un bunny up, chaque bordure de terrain se transforme en wall ride, une racine et voilà qu’elle se transforme en tremplin pour justifier un petit saut.

Voilà un produit qui correspond parfaitement au cahier des charges de ce que l’on attend d’un vélo moderne. Il est équilibré, dispose d’un vrai caractère, pas fourbe, et très polyvalent. Il offre suffisamment de confort pour faire de longues distances, suffisamment de fouge pour distancer bon nombre de suiveurs dès que la pente s’inverse, et même en côte technique, il surprendra par sa motricité et sa maniabilité qui l’amèneront au sommet quand d’autres seront à la peine. Et tout ça en dépassant les 15 kg en ordre de marche ? C’est la magie de ce vélo. Lourd sur la balance, et pourtant vous ne le sentez pas lorsque vous êtes en selle. Du coup, on en vient à se demander si le Zesty TR ne serait pas la renaissance du X-Control du 21e siècle ? C’est en tout cas tout ce que l’on souhaite à la marque dijonnaise.

Caractéristiques
Fiche technique :

Tailles : S, M, L, XL
Modèle d’essai : M
Cadre : Alu Supreme 5
Fourche : Fox 34 Rhythm
Amortisseur : Fox Float Perf.
Freins : Sram Guide T, ø200/180 mm
Dérailleur arrière : Sram GX Eagle
Pédalier : Sram X1, 32 dts
Commande : Sram NX
Cassette : Sram PG1210, 11-50 dents
Roues : Mach1 Maxx TR/ Lapierre by Fastace D813
Pneus : av. : Maxxis Forekaster Exo TR , 29X2.35 ; ar. : Maxxis Ardent Exo TR , 29X2.4
Potence : LP Full CNC, 45 mm
Cintre : LP 6061 DB, 760 mm
Tige de selle : LP Dropper by JP, 100 mm, ø30,9 mm
Selle : Selle Royal Vivo

Géométrie : S/M/L/XL
Taille : M
Tube supérieur : 610 mm
Tube de selle : 435 mm
Angle de direction : 65°
Angle de tube de selle : 76°
Bases : 428mm
Empattement total : 1185 mm
Hauteur de boîtier : 335 mm
Reach : 450 mm
Stack : 608 mm
Distributeur : Lapierre , Contact : cycles-lapierre.fr

Notes
Rendement : 3,5
Confort : 4
Maniabilité : 4,5
Stabilité : 4,5
Prix/Equipement : 4
Total : 16,4/20

On aime : Il donne le sourire à chaque sortie • Lourd ! Ah bon ? • Géométrie efficace partout • La cinématique de suspension arrière

On regrette : Des détails de finition • Manette Fox de blocage de fourche