Home ESSAIS Intense Tracer VP : La saga des Tracer continue

Intense Tracer VP : La saga des Tracer continue

Présenté en début d’année 2008, celui qui n’avait alors pas de nom annonçait le renouveau d’Intense : nouvelle cinématique de suspension, nouvelle géométrie… ce renouveau a désormais un nom : le Tracer VP ! Mais que reste-t-il à l’Uzzi avec ce modèle plus polyvalent ?

Autre surprise : ce nouveau modèle permet de passer de 140 à 152 mm de débattement à la roue arrière en modifiant le point d’ancrage de l’amortisseur. Une première sur un VTT à suspension VPP. Au-delà du simple changement de débattement, cela permet au Tracer d’offrir deux visages complètement opposés, surtout si l’on change la fourche en même temps (en troquant une 140 mm pour une 160 mm). Cela s’accompagne cependant d’une modification majeure, tant au niveau de la géométrie qu’au niveau du ratio de compression de l’amortisseur. En fixant l’amortisseur sur la position supérieure, l’angle de direction et la hauteur du boîtier de pédalier ne changent pas. Parfait. Pour info, avec une fourche de 140 mm (140 mm arrière), l’angle de direction est de 69°. Il passe à 67,5° avec une fourche de 160 mm (152 mm arrière). La boîte de pédalier grimpe quant à lui de 7,6 mm. Pour ce qui est du ratio de compression, il change un peu, rapprochant le Tracer VP des sensations procurées par la suspension d’un Intense 6.6, plus souple en début de course par exemple. De quoi faire du Tracer VP un VTT ultra-polyvalent. En termes de géométrie, comparé à l’actuel Intense 5.5 qu’il est censé remplacer, le Tracer VP est résolument tourné vers un enduro agressif avec un boîtier de pédalier plus bas et un angle avant plus ouvert.

L’intense Tracer VP, c’est un Santa cruz Blur LT avec plus de débattement et une géométrie plus polyvalente et le bonheur de rouler dur un VTT artisanal

Le nouveau châssis a massivement recours aux tubes hydroformés made by Easton. Il s’agit d’aluminium 6061 spécialement conçu pour Intense. La plupart des tubes proviennent d’autres modèles de la marque, ce qui permet à Intense de réaliser de belles économies et de faire baisser ses coûts de fabrication. Voilà qui peut expliquer le prix canon de ce Tracer VP. Oui,  » canon  » car jusqu’à présent, un cadre d’Intense tournait aux alentours de 2 800-3 000 €. Pour continuer sur le cadre, le Tracer VP se pare d’une douille de direction en 1.5. Ainsi, toutes les fourches du marché peut trouver leur place sur cette douille. Reste à mettre le bon jeu de direction. Un point important : les nouvelles biellettes offrent un meilleur contact avec les roulements. En effet, comme sur le Santa Cruz Blur LT2, les roulements sont désormais positionnés sur le cadre et non plus sur les biellettes. Cela permet de gagner en rigidité latérale. L’arrière est plus rigide que celui d’un Intense 6.6 en raison, également, du nouveau positionnement de biellette, de la biellette supérieure, plus courte, et de la jonction supérieure avec le triangle avant. Enfin, le cadre possède deux graisseurs (triangle principal et triangle arrière) pour lubrifier les axes de rotation. Un bon point puisqu’il s’agissait d’un point sensible sur l’ancien 5.5 (on avait déploré quelques cas de rupture). Cela permet de conserver la même souplesse de fonctionnement au fil des années. Le cadre pèse entre 2,8 kg et 3 kg selon la taille, soit la même masse que l’ancien 5.5.

Des accélérations presque violentes sur les deux premiers plateaux (voilà qui rappelle les bons vieux VTT de cross-country !), des relances explosives, histoire de passer d’un virage à l’autre en un éclair : dans la famille «Je suis un VTT ultra-polyvalent», ce nouvel Intense Tracer se pose en vainqueur ! Avec son caractère et les sensations qu’il procure, il a de quoi combler les pilotes peu enclins à rouler sur des VTT à grand débattement. Surtout que dans la version testée, il faisait la part belle au montage light. La position de pilotage est assez longue pour une taille M. Jusqu’à une taille de 1,78 m, le S peut convenir. Comparé à l’Intense 5.5, toujours, ce nouveau modèle offre un cockpit beaucoup plus passe-partout. Rien de bien contraignant, au contraire. On se dit qu’autrefois, les Intense étaient courts et le Santa Cruz long. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Comme vous l’avez compris, le Tracer VP est une sorte de Dr Jekyll et Mister Hyde. Nos tests se sont déroulés en deux temps, en septembre dernier lors du salon Interbike de Las Vegas puis durant le mois de décembre sur notre terrain de jeu réservé aux essais. Là, nous avons roulé sur la version Dr Jekyll et demie… Dans les deux cas en effet, notre montage était réalisé avec un équipement léger. D’où la version Dr Jekyll. Mais nous avons roulé en position 140 mm et 152 mm de débattement arrière. D’où le demi…

Comparé à l’INtense 5.5, le Tracer VP est tourné vers un enduro plus agressif mais veut aussi toucher un public plus large grâce à sa polyvalence

Dans cette configuration, nous avons quand même pu découvrir deux visages, deux pilotages : un pilotage coulé et un pilotage plus radical. Le pilotage radical s’impose lorsque l’amortisseur est posé sur le débattement le plus faible. La suspension est alors plus franche dans l’absorption des chocs. Mais attention : on est loin des suspat’ figées à basse vitesse. La magie du VPP2 donne ici sa pleine mesure. On dispose alors d’un VTT de cross-country à grand débattement. Idéal pour une race en moyenne montagne ou en plaine. Le Tracer VP répond tout le temps. Mais pour la «vraie» vie, les longues sorties où le chrono ne sert qu’à connaître le temps qui nous sépare du coucher du soleil, il vaut mieux passer sur le gros débattement. La suspension du Tracer prend alors davantage soin de nos vertèbres sur le début de course. Plus fluide, elle offre aussi une bien meilleure motricité, notamment dans les côtes où les pierres, associées aux racines, sont rendues glissante par les intempéries. Debout sur les pédales, avec le corps produisant son effort à 45°, un léger va-et-vient de la suspension arrière trahit un pompage qui n’est finalement pas pénalisant (ou très peu). Pour rassurer les adeptes des suspensions immobiles, un ProPedal peut être activité sur l’amortisseur. Mais très franchement, il ne nous a pas vraiment été utile. Assis, le Tracer VP monte au train, avec une facilité déconcertante, surtout quand on sait que la roue peut délivrer 152 mm de course.

Grand plateau, plateau intermédiaire, petit 24 dents : jamais le Tracer VP ne laisse transparaître une quelconque tension dans le pédalage. Remarquez, l’Intense 5.5 non plus… Toujours est-il que le Tracer VP reste très équilibré et qu’il faut un beau pourcentage positif pour que la roue avant décroche, ce qui n’était pas le cas du 5.5. Là, on avait droit à une bataille permanente. En revanche, passer d’un débattement à l’autre suppose de procéder à un nouveau réglage de l’amortisseur. En effet, la courbe d’enfoncement se trouve modifiée par le nouveau point d’ancrage. Il faut par exemple ajouter 25 psi environ pour un passage à 152 mm afin de conserver un enfoncement statique de la suspension d’environ 35%. Intense préconise entre 20 et 30% mais c’est avec 35% que nous avons trouvé le meilleur compromis. Au passage, notez que la géométrie se contente finalement très bien de la fourche en 140 mm de débattement. Pour choisir une fourche mieux pourvue, il est préférable d’aborder ce Tracer sous un autre angle, celui d’un gros enduro à la sauce Santa Cruz Nomad ou Sunn Kern LT.

Dans le technique, même si son comportement n’est pas des plus agiles, il se révèle ultra-rassurant et impose une remarquable homogénéité. La direction reste précise. Certes, il faut bien inscrire l’avant dans le virage en forçant le geste pour faire tourner le vélo. Dans cette situation, il ne faut pas hésiter à reculer son corps pour enrouler la roue arrière. Le train arrière, avec ces nouvelles biellettes et surtout ce nouveau système de fixation au cadre, permet de trouver l’équilibre en virage sans que l’arrière se désunisse. On peut même écrire que c’est la première fois qu’Intense offre une rigidité arrière aussi importante. Attention : une dose de flexibilité reste quand même de mise. Il y a ceux, comme nous, qui aiment parce que cela procure une aide en relance, parce que la recherche d’appui est meilleure, de même que la tolérance dans le défoncé. Et il y a ceux qui détestent… Tant que le pneu ne vient pas au contact des haubans, nous n’y voyons pas d’inconvénient ! L’autre bonne nouvelle, c’est que désormais, l’Intense n’avale pas tout son débattement au premier choc venu. Le VTT se casse moins, même si la boîte de pédalier descend bas (attention aux manivelles !). La compression est mieux gérée, ce qui ouvre un nouvel horizon pour le Tracer VP : les bonnes grosses descentes engagées. Monté avec des pneus de section 2.4, il fait alors parler tout son potentiel, rendant le pilote sûr de lui. Peut-être un peu trop…